«Moi, Sountou Bousso, malade guéri du Coronavirus»

Covid-19

IGFM – Après douze (12) jours d’hospitalisation au centre de Diamniadio suite à une contagion au coronavirus (Covid-19), Sountou Bousso, chef d’entreprise, sorti lundi dernier de l’hôpital, se confie à «L’Observateur». De son retour de Paris à sa sortie d’hôpital, en passant par l’apparition des premiers symptômes, son hospitalisation, M. Bousso raconte tout. Sans détour. Des confidences poignantes. Entretien. 

Vous venez de sortir de l’hôpital après des jours d’hospitalisation pour cause de maladie à coronavirus. Comment avez-vous attrapé le Covid-19? 

Il est très difficile de savoir comment on a attrapé la maladie. Sauf si on est un cas-contact. On ne peut pas dire de manière formelle où est-ce qu’on l’a attrapée. Le plus important lorsque l’on sait qu’on est une personne à risque, c’est de se protéger et de protéger les autres.

C’est à l’hôpital qu’on vous a diagnostiqué la maladie ?

Pas du tout, je ne suis pas parti à l’hôpital. Je me suis senti malade à mon retour de France, où j’avais séjourné une petite semaine. Par pure précaution, au retour,  dans l’avion, j’ai voyagé avec un masque. Pas  parce que j’étais malade, mais plus pour  me protéger. Ce masque je l’ai gardé et une fois arrivé chez moi, je me suis mis en auto-isolement. J’ai décidé personnellement de m’isoler de ma famille, en éloignant ma femme et mes enfants. Je me suis auto confiné, mais à ce moment, je n’avais pas encore de symptômes. Quand j’ai commencé à avoir les premiers signaux, j’ai renforcé les mesures d’isolement et j’ai contacté le 1515. Avec leur batterie de tests, ils ont décidé que je me fasse tester. Les services d’assistance du 1515 se sont déplacés chez moi pour faire les prélèvements et quand les résultats sont sortis, ils m’ont appelé pour m’en informer de manière très professionnelle. Ils m’ont demandé de rester dans mon isolement, parce que je devais être hospitalisé. Ils ont envoyé une ambulance, qui a respecté les règles de confidentialité.

Combien de temps a duré votre hospitalisation ?

J’ai été hospitalisé le 18 mars dernier et je suis sorti le mardi 31 mars 2020. Donc mon hospitalisation a duré douze (12) jours.

Ces derniers temps, le débat sur l’utilisation de la Chloroquine pour traiter le Covid-19 a été agité. Vous étiez soigné à la Chloroquine ou avec un autre traitement ?        

Cela est arrivé les derniers jours de mon hospitalisation lorsque le Sénégal a décidé d’intégrer la Chloroquine dans le traitement des patients du coronavirus. Les autorités sanitaires ont utilisé la Chloroquine sur les patients de manière totalement transparente. Les médecins m’ont demandé mon avis avant d’intégrer la Chloroquine dans mon traitement. Ils ont déroulé le protocole avec un électrocardiogramme et au bout de deux jours d’hospitalisation, ils nous ont mis sous Chloroquine. Et ils ont surveillé tous les patients qui étaient sous Chloroquine.

Et dans combien de temps avez-vous senti qu’il y a des améliorations ? 

J’ai senti qu’il y a des améliorations quelques jours après. Et c’est ce qui m’a permis d’être sorti aujourd’hui.

On entend parler du coronavirus, mais comment tombe-t-on malade du Covid-19 ? C’est une simple grippe ou plus que cela ? 

Les signaux sont identiques à ceux d’une grippe. Pour ma part, ça a commencé par un  mal de gorge, des courbatures suivies de maux de tête et de forte fièvre. J’avais de la fièvre jusqu’à 38,4°. Mais il ne faut pas s’arrêter à ces signaux, parce que chaque organisme a sa manière de réagir à la maladie. Ce qui est important c’est que chaque personne protège les siens en se protégeant. Si on pense être une personne à risque, il est important de se protéger pour protéger les autres. Depuis Paris jusque chez moi je me suis protégé, jusqu’à ce qu’on me détecte positif au Covid-19. Heureusement, aucun cas contact n’a été isolé à partir de moi.

Au cours de ces 12 jours d’hospitalisation, avez-vous ressenti des douleurs ? 

Non, je n’ai pas ressenti de douleurs au cours de mon hospitalisation. J’étais plus préoccupé par autre chose. Parce que lorsque je suis arrivé à Diamniadio, c’était le deuxième jour d’ouverture du centre d’hospitalisation. Le centre a été ouvert le 17 mars, à mon arrivée, le 18 mars après-midi, j’ai très vite lu que ça venait d’être ouvert et le niveau d’équipement n’était pas encore optimum. J’ai ainsi jugé utile d’alerter mes collègues du Conseil au commerce extérieur de la France (Ccef) qui sont des entreprises françaises et d’autres sénégalaises pour un élan de solidarité. Mais surtout créer une pyramide d’énergie positive. Une chose à laquelle, bien que toutes les entreprises soient gravement impactées par cette crise,  mes collègues ont répondu très positivement.

Comment jugez-vous la prise en charge médicale ? 

Le personnel de santé qui est au centre de Diamniadio est exceptionnel. Ce sont d’abord des gens volontaires qui sont en train de gérer une crise inédite. Ils sont en face d’une maladie que les gens ne connaissent pas et forcément, les personnes qui sont hospitalisées à Diamniadio ont des désidératas et des peurs qu’il faut gérer. Ce personnel : médecins, infirmiers, aides-soignants, agents d’hygiène…, ils sont d’un engagement et d’une efficacité redoutables. Parce que malgré les moyens, qui étaient déficients au début, ils sont arrivés à accueillir, rassurer et prendre en charge tous les cas qui nécessitaient une prise en charge médicale. Parce que beaucoup de gens ont le virus, mais ils ne sont pas malades. Par contre d’autres ont plus besoin d’une prise en charge médicale. Ils nous ont pris en charge avec le sourire et un engagement qui a été constant. Je leur rends un vibrant hommage.

Est-ce que entre malades il vous arrivait de discuter ?

Au début j’étais tout seul dans ma chambre. Mais comme c’est une crise, les stratégies sont mouvantes et elles doivent évoluer en fonction de l’état d’avancement de la maladie. Tant qu’on était à un stade mineur, chacun pouvait être seul dans sa chambre. Mais à partir du moment où le nombre de malades a augmenté, il faut mettre le centre à sa capacité maximale. C’est là que l’effort de mes collègues du Ccef a joué. Parce que lorsque je suis arrivé le 18 mars, il n’y avait pas suffisamment de draps, d’eau, de rideaux et les équipements n’étaient pas suffisants. Et en seulement 48 heures, sous mon impulsion, les entreprises Ccef et sénégalaises ont mobilisé leurs efforts et ont donné de leurs moyens. Le centre est aujourd’hui connecté à Internet grâce à Free, pour que les malades ne soient pas isolés, Canal+ est intervenu pour la télévision, Eiffage a offert des kits d’hygiène, Cotoa a fait un soutien logistique, la Casamançaise pour l’eau, la SOBOA pour les sodas, et il y a d’autres entreprises comme Gti, Alizé… C’est cet élan de solidarité, spontané et désintéressé, qu’il faut saluer et encourager. Et ça ne va pas s’arrêter là,  parce que jeudi (aujourd’hui) je serai personnellement à Diamniadio pour livrer un deuxième lot de dons dont l’hôpital a besoin. Il sera composé d’eau, de blouses, de masques, de gel, de rideaux. Un autre est aussi prévu pour l’Hôpital de Fann… Il faut saluer cette initiative spontanée et généreuse.

Certains patients se sont plaints de la qualité des repas. Ne pensez-vous pas que c’est un peu ingrat de déplorer la qualité des repas, alors que la prise en charge est gratuite ? 

Je partage à cent pour cent votre avis. Je rappelle qu’une hospitalisation partout dans le monde, a un coût, quelle que soit la situation. Aujourd’hui, cette hospitalisation est assurée à 100% par l’Etat du Sénégal. Personnellement, je lui en suis reconnaissant. J’ai été logé, soigné, nourri voire bichonné pendant 12 jours aux frais de l’Etat. Bien sûr, on peut avoir mieux, mais nous sommes dans un environnement hospitalier où on nous prend totalement en charge gratuitement. Et nous pensons qu’un jour, le ministère de la Santé nous dira combien coûte la prise en charge journalière d’un patient. Et j’imagine que ça coûte extrêmement cher. C’est très positif d’avoir un Etat qui est capable de prendre en charge des centaines de malades, de les loger dans des conditions correctes et de les bichonner pour qu’ils rentrent chez eux.

Pour ce qui est de la maladie, est-ce que les médecins vous ont parlé des séquelles ? 

Les médecins ne m’ont pas parlé de séquelles. Par contre, ils ont eu la présence d’esprit et l’intelligence de me rappeler qu’on est face à une maladie dont on ne connait pas encore toutes les conséquences. Et qu’il n’est pas exclu une recontamination, il faut donc prendre toutes les précautions. Ce n’est pas parce que j’ai été malade puis guéri, que je suis donc immunisé et que je peux faire ce que je veux. Non, il faut continuer à être vigilant et respecter les consignes des autorités de santé.

Depuis votre sortie, ressentez-vous des douleurs ou des effets secondaires ? 

Je ne ressens absolument rien. Dieu merci.

Avez-vous perçu un peu de méfiance à votre retour à la maison ? 

Je suis chez moi. Si ma propre famille me stigmatisait, ce serait compliqué. Je fais partie de ceux qui ont pris le pari de poser sur la place publique leur situation de malade. Ça a été mal compris par ma famille, mais je pense qu’il est de ma responsabilité de sensibiliser sur cette maladie. Au lendemain de mon hospitalisation, j’ai envoyé un message à plus de 300 contacts qui sont dans mon répertoire pour leur dire trois choses : «D’abord je suis malade. Ensuite, cette maladie peut atteindre n’importe, qui parce que malgré mes mesures de précaution, j’ai attrapé le coronavirus. Et enfin, il faut respecter les consignes des médecins». Je n’étais pas stigmatisé et le Sénégalais est plus intelligent que ça. Nous sommes en face d’une maladie qui n’est pas honteuse, qui peut toucher tout le monde et qui a un niveau de contagiosité très élevé. Il faut que chacun soit responsable.

Vous étiez confronté à la contamination, à la maladie et à la douleur. Quel message adressez-vous à ceux qui ne prennent pas encore au sérieux cette maladie ? 

Je rappelle aux Sénégalais que cette maladie est une réalité. On peut avoir toutes les croyances que l’on veut, mais cette maladie est une réalité et elle a un taux de mortalité qui est aujourd’hui révélé. Cette maladie pèse sur notre système de santé. Donc si nous n’y prenons garde, le système de santé va s’écrouler. Et lorsqu’il va s’écrouler, ce qui va se passer ne sera pas lié au Covid-19, mais c’est tous les autres malades qui ne pourront plus être pris en charge. Ce sera l’hécatombe. Je demande à chaque Sénégalais de respecter les consignes de distanciation sociale. Je demande à chaque Sénégalais de rester chez lui autant qu’il le peut. Certes c’est une maladie qu’on peut guérir, mais mieux vaut ne pas l’avoir. Il faut que chaque Sénégalais se mobilise pour créer de l’énergie positive. Parce que le Sénégalais a du génie et c’est en ces moments de crise qu’il faut que ce génie-là s’exprime. C’est en ces moments-là qu’on se surpasse en tant que peuple et pas en tant qu’individu. Il faut que chacun d’entre nous puisse contribuer, quel que soit ce qu’il a. C’est le Sénégal qui est en jeu.

FALLOU FAYE