Mor Maty Sarr, trajectoire d’un témoin de l’histoire

Société

IGFM – Mor Maty Sarr. Son nom est devenu un label de cosmétiques. Une métonymie du mythique marché Sandaga qui vit ses dernières heures.

Plus que quelques jours pour dire peut-être adieu au bâtiment d’époque qui surplombe le marché Sandaga et sa célèbre boutique Mor Maty Sarr. Du nom du propriétaire qui, à 75 ans, devra aussi dire au revoir à tout un pan de sa vie. Cinquante huit (58) ans que le célèbre commerçant est établi à Sandaga. C’était en 1962, Mor Maty balbutie dans le milieu du commerce en vendant de la peinture sous verre. Mais lui ne va pas s’attarder sur son ancienneté.

«Je n’ai pas trop duré dans ce marché. Je n’ai fait que 58 ans. Ce n’est pas important de parler de mon histoire dans la presse», dit-il. Cet après-midi là, le grand commerçant reçoit dans son magasin de l’Avenue André Peytavin, juste à côté du rond-point Sandaga. Mor Maty Sarr, couché sur une natte posée à même sol tout au fond de la pièce, est habillé en tenue traditionnelle. Un boubou noir et blanc tout à fait ordinaire pour un homme qui est loin de l’être. Il n’est plus à présenter aux Sénégalais, surtout à la gent féminine dont il détient le secret de beauté. A l’intérieur de sa boutique, des rangées et des rangées de produits de beauté. Son magasin croule sous les produits cosmétiques. Il y en a de toutes sortes et pour tous les goûts. De quoi alimenter sa réputation de grand et prospère commerçant. Mais en bon «Djolof-Djolof» venu chercher fortune au Saloum, Mor Maty préfère se garder des superlatifs. «Je rends grâce à Dieu, à force de persévérer dans mon métier, je suis devenu quelqu’un qui compte dans la gestion de boutiques et de magasins. Ce n’était pas évident, puisque j’ai commencé à vendre des portraits sous verre de 1962 à 1963.

En 1963, j’ai commencé à faire le marchand ambulant», narre-t-il. Disciple de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh (Khalife général des Tidianes de 1957 à 1994), il ne s’établit définitivement à Sandaga qu’en 1981 avec ce qui sera sa célèbre boutique. Il n’en dira pas plus. Le mauvais œil n’est jamais loin après tout, mais pour ces collègues commerçants, il est impossible de ne pas apporter leur témoignage. Président du Rassemblement du secteur des marchands et ambulants pour le développement (Rasmad), Diatta Ndao avoue : «C’est un ami et il est membre d’une association de commerçants dénommée Groupement économique du Sénégal (Ges) dont il est le vice-président. Il fait partie des premiers marchands ambulants dans ce marché. Il fera bientôt 60 ans à Sandaga. C’est un grand rassembleur et il est en train de jouer un rôle au niveau du marché. Sans oublier ses actions humanitaires. Il a soutenu beaucoup de commerçants qui, au début, n’avaient rien. Je lui ai présenté beaucoup de personnes qu’il a aidées.»

Député

Né le 10 mai 1945 à Gouloum Béthio au Djoloff, Mor Maty Sarr a très tôt quitté son village pour découvrir d’autres coins du Sénégal. Son histoire avec Kaolack, sa ville d’adoption, s’écrit d’une plume romancée. Dans une chaude journée de 1962, il débarque dans la capitale du Saloum à dos de cheval de race. Âgé d’à peine 17 ans, il est envoyé par son père pour se faire une place dans le milieu des turfistes, dont la localité de Mboss, dans le département de Guinguinéo, était une sorte de «Longchamp» à l’échelle du Sénégal. Parti de Gouloum, il rallie donc Kaolack en passant par Dahra-Djolof, Mbacké Baol, Diourbel et Gossas. Un long périple, du nord au centre du pays, pour se faire une place dans le milieu des courses hippiques. Mais une fois à Kaolack, Mor Maty Sarr décide d’élargir ses horizons après seulement 2 mois. Direction Dakar.

«Jusqu’à présent, nous sommes partagés entre Kaolack et Dakar. Je suis resté avec ma famille et mes principaux collaborateurs et c’est comme ça que je suis devenu un label dans ce métier», explique-t-il. Mor Maty Sarr a fait cinq ans dans la capitale sénégalaise avant de se tourner vers le commerce extérieur. En 1967, il s’envole pour acheter de la marchandise. Très attaché à son terroir, l’opérateur économique n’a jamais voulu rester hors du Sénégal. Après 51 ans de voyage entre le Sénégal et quelques pays d’Afrique et d’Europe pour faire du commerce, Mor Maty Sarr décide de s’installer «définitivement» au marché Sandaga.

Cette fibre patriotique le pousse à s’essayer à la politique. En 2007, il devient député sous les couleurs libérales. Pourtant, cette expérience ne lui bénéficiera pas dans cette décision prise par l’Etat du Sénégal de démolir Sandaga, son lieu de travail.

JULES SOULEYMANE NDIAYE

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