Pandémie du Covid-19 : Révélations sur la hausse des morts du coronavirus

Covid-19

IGFM – Avec presque 30 morts à domicile depuis le début de la pandémie au Sénégal, la stigmatisation est en train de pourrir la vie aux autorités médicales et d’emporter la vie des malades qui, par peur d’être indexés, eux et leurs familles, préfèrent rester à la maison jusqu’au dernier moment. Une situation qui a favorisé le nombre de morts enregistré ces dernières 96 heures.

Il n’était ni pessimiste ni alarmiste. Mais il avait foi en ses chiffres, presque sûr de l’avenir qu’il prédisait. Face à la presse, le samedi 6 juin dernier, pour faire l’inventaire des 3 mois de présence du Coronavirus au Sénégal, le Professeur Moussa Seydi avait alerté sur ce qui pouvait bientôt survenir. Sur le nombre de morts auquel fait face le pays depuis 96 heures.

«A l’heure où je vous parle, il y a beaucoup de patients graves qui sont à domicile. Ils refusent de venir à l’hôpital, du fait de la stigmatisation. Parmi ces patients, il y a même des personnes qui travaillent dans le secteur de la santé», lançait-il. Un appel à la solidarité qui semble-t-il, n’a pas été bien perçu. Puisque quelques jours plus tard, ce que craignait le coordonnateur de la prise en charge des malades du Covid-19 au Sénégal est arrivé. En moins de 10 jours (du 9 au 17 juin), le Sénégal a enregistré 21 décès dus au coronavirus. Un record de létalité du virus qui émeut tout le pays et pousse à s’interroger sur les causes de cette subite hausse des… morts du Covid.

Selon des sources de L’Observateur, la peur du Coronavirus et surtout la stigmatisation ont joué un grand rôle dans cette «hécatombe» constatée ces derniers jours. Les 10 morts enregistrées en 48 heures (lundi et mardi) et les 3 autres dans la seule journée d’hier mercredi, sont en partie la résultante d’une absence ou retard de prise en charge des malades qui rechignent à se faire dépister du Coronavirus. «90% des victimes de ses 3 derniers jours, sont décédées soit à domicile, soit à leur arrivée à l’hôpital en détresse respiratoire, avant même une prise en charge médicale effective. Certains sont morts même avant d’être installés dans leur lit d’hospitalisation», confient des sources hospitalières.

D’après ces médecins, la consultation médicale tardive, souvent à un stade critique, est une vraie bombe à retardement. «Depuis le début de la prise en charge, nous avons constaté près de 30 morts à domicile ou en phase pré-hospitalisation. Si une personne atteinte du virus arrive en retard à l’hôpital, alors qu’elle souffre d’autres pathologies, nous ne pensons pas que l’hydroxychloroquine associée à l’azytromycine puisse la sauver. Il faut un diagnostic précoce, dès les premiers symptômes. Malheureusement, avec la stigmatisation, beaucoup préfèrent rester chez eux en attendant d’être totalement gagnés par la maladie. Ce qui est très dangereux pour le patient lui-même et très difficile à gérer pour les centres de traitement.»

Face à la problématique de la stigmatisation, le psychologue-conseiller Khalifa Babacar Diagne s’est fendu d’une tribune envoyée à L’Observateur, pour donner son point de vue sur cette activité qui porte sur la composante psychique des individus, considérés isolément ou collectivement. «A l’heure actuelle, le constat semble être partagé que la plus grande faiblesse de la lutte contre la covid-19 dans notre pays, c’est la stigmatisation (Cf discours du président de la République, du ministre  de  la Santé, du Professeur Seydi, du Docteur Bousso, entre autres).

La stigmatisation est dangereuse dans la lutte contre la covid-19 pour deux raisons. D’abord, c’est une maladie dont pour la prise en charge la coopération, des malades et porteurs du virus, est nécessaire pour maîtriser la chaîne de contamination. Ensuite, c’est une maladie pour laquelle la prise en charge de certaines catégories de la population doit être précoce  (personnes âgées ou atteintes de pathologies constituant une opportunité pour le covid-19 ou comorbidités) ; sans quoi une mort certaine les attend, comme cela a été le cas de certains compatriotes décédés à leur domicile ou aux urgences parce qu’y étant arrivés tardivement. La révélation du Professeur Seydi, selon laquelle parmi les personnes qui refusent d’aller dans les structures de santé, du fait de la stigmatisation, il y a des agents de santé, illustre à suffisance l’ampleur du mal.» Le danger de mort que fait courir la stigmatisation aux malades du Covid-19.

MAMADOU SECK