Recrudescence des braques : Radioscopie d’une insécurité qui a fini d’instaurer une psychose 

Société

IGFM – L’année 2019 qui vient de s’écouler a été particulièrement marquée par une inquiétante montée en puissance des braquages et autres cambriolages notés dans différentes localités du pays, avec des piques relevés dans les régions de Louga, Diourbel et Tamba. Radioscopie d’une insécurité qui a fini d’instaurer une certaine psychose au sein de la population.

Nuit du dimanche 15 au lundi 16 décembre 2019. L’horloge affiche 3 heures du matin, à la station-service «Edk» de Sanar Peulh (région de Saint-Louis). Les deux vigiles qui discutaient à tout rompre sont interrompus par l’arrivée soudaine d’un véhicule de type 4×4 qui ronge ses freins quasiment sous leurs pieds. Neuf solides gaillards encagoulés et lourdement armés en descende. Les visiteurs vont s’emparer de la recette du jour ainsi qu’un lot de produits alimentaires. Au moment de battre en retraite, les bandits sont rejoints sur les lieux par les gendarmes de la brigade de Diama. Les pandores sont accueillis par les téméraires malfrats qui ont ouvert le feu. Il s’en suit un échange de coup de feu. Les gendarmes vont abattre le cerveau de la bande Isma Sow, atteint à la poitrine. Le jeune homme s’affale et se vide de tout son sang. Et pourtant cette image à la fois choquante et atroce n’est qu’une suite d’une série d’attaques similaires devenues banales bien que souvent ponctuées par mort d’homme à travers le pays.

Louga – L’infirmier du poste de santé de Thiamène-Fass braqué 

Seulement deux jours après l’attaque de la station-d’essence «Edk» de Sanar, un autre braquage aussi violent est déplorée à Thiamène-Fass, un hameau situé dans la région de Louga. Le 18 décembre 2019, vers 3 heures du matin, huit individus encagoulés et lourdement armés, font irruption au poste de santé. Après avoir forcé la porte de la chambre à coucher de l’infirmier, ils vont violenter et molester son épouse, avant d’emporter une enveloppe contenant 1 250 000 FCfa. Cette localité de Thiamène-Fall va connaître une seconde incursion des bandes armées. Usant quasiment du même mode opératoire, les malfaiteurs armés et encagoulés vont cette fois ligoter les deux vigiles avant de dévaliser 9 magasins en une nuit.

Le 14 mai 2019, les bandes armées s’étaient signalées au village de Keur Modou Khary Mboup. Ici aussi, les assaillants lourdement armés et encagoulés, prennent pour cible le commerce du richissime commerçant Cheikh Mboup. Après avoir tenu en respect son fils, les malfrats vont malmener la victime et emporter le coffre-fort contenant une forte somme d’argent et des bijoux de valeur. À quelques bornes de là, la localité de Ourack est visitée dans la nuit du  27 novembre 2019, vers 4 heures du matin, par une bande armée. Leur cible, la station d’essence. Les braqueurs encagoulés et munis d’armes à feu, maîtrisent le vigile, avant de vider la caisse qui contenait des liasses de billet de banque.

Tamba – Sous-préfet de Boygheul braqué

La région orientale qui passe pour être l’une des zones les plus criminogènes du pays, du fait notamment de sa position géographique, au croisement de 4 pays limitrophes du Sénégal, n’est pas en reste. Les actions des malfaiteurs visent principalement les commerçants, des institutions financières et autre personnalité administrative. Au nombre de ces attaques violentes, figure celle effectuée contre l’agence Poste-finances de Bakel. Plusieurs millions de FCfa seront emportés par les assaillants armés qui ont fait une victime, le jeune Mamadou Sakho (23 ans) abattu. Quelques mois plus tôt, le 2 août 2019, à l’aube, 6 individus encagoulés et armés de fusil «Kalachnikov» et de coupe-coupe prenaient position sur l’axe routier Tamba-Goudiry. Avec leurs armes, ils braquent un véhicule «7 places» qui ralliait Tamba. Les passagers seront dépouillés de leur argent autres téléphones… Dans la foulée, ils vont braquer le véhicule du Sous-préfet de Boygheul qui se rendait aussi à Tamba. L’autorité administrative sera dépouillée de 3 téléphones portables et d’une clé Usb. Les passagers de plusieurs autres véhicules et un bus en partance pour le Mali connaitront le même sort. L’enquête ouverte par la gendarmerie de Tamba avait conduit à l’arrestation, le 14 août 2019, du cerveau de la bande Adama Diallo, son épouse malienne Awa Sidibé et leur acolyte Abdou Diallo. Ils avaient en leur possession l’un des téléphones et la clé Usb du Sous-préfet… Ce même gang va encore sévir le 6 octobre, sur l’axe Massawa–Tenkoto et le lendemain 7 octobre sur une piste reliant Mandankholi à Douta, en usant du même modus opérandi. Appuyés par les militaires de Kédougou, les gendarmes vont surprendre dans une clairière trois éléments de cette bande qui ont ouvert le feu sur les forces de l’ordre. Au cours de l’échange de tirs, l’un des malfrats, Samba K. Dia, sera interpellé. Deux fusils de guerre «HK 47», deux cagoules et deux sacs contenant respectivement 751 151 FCfa et 1 670 000 FCfa, sont saisis.

Dans la nuit du 26 au 27 avril 2017, la station d’essence de Kidira était attaquée et le pompiste de permanence, Talla Diaw, est criblé de balles. Le 30 avril 2018, c’est au tour de la commune de Ballou de recevoir la visite d’individus armés de Kalachnikov et encagoulés. Ayant débarqué à bord d’un véhicule 4×4, vers 21 heures, la bande a cambriolé la boutique d’un Maure. Un butin de 1 700 000 FCfa est emporté par les assaillants qui vont abattre le jeune Bécaye Sakho (20 ans) qui se trouvait sur la terrasse des commerçants maures.

Thiès – Près de 100 millions emportés à l’usine «Twyford SN Ceramics»

La région de Thiès passe aussi pour être une cible de prédilection de ces bandes armées. Le mois de décembre dernier, une bande armée s’invitait à l’usine de fabrication de carreaux «Twyford SN Ceramics» de Sindia. Une vingtaine d’individus armés ont emporté près de 100 millions de FCfa. Trahis par les caméras de surveillance, cinq personnes, dont le cerveau O. Ka, seront arrêtées. Le 29 octobre suivant un agent de recouvrement D. Aïdara qui se rendait à Mbour à bord de son véhicule est braqué par une bande armée à hauteur de Sindia. Violenté, il sera dépouillé de près de 11 millions de FCfa. L’enquête révèlera que Aïdara était de mèche avec les braqueurs. Autre cible, la station d’essence «Edk» de Thiès va accueillir des individus armés qui vont emporter un butin de 2 millions de FCfa. Dans la même période, des individus armés et enturbannés vont s’illustrer sur la route de Khombole, au Croisement Ngoudiane et s’attaquer à une boutique. Ici, 7 millions de FCfa et des téléphones portables constitueront le butin des braqueurs qui avaient tiré en l’air. Toutes ces bandes opéraient à bord de véhicules volés, portaient des cagoules et agissaient rapidement avec violence.

Touba et Mbacké très touchés par le phénomène 

Dans l’agglomération Touba-Mbacké, forces de sécurité et populations peinent à s’accorder sur le nombre exact de braquages, cambriolages… enregistrés au cours de l’année écoulée. Les bandes qui opérèrent dans la zone usent quasiment tous du même mode d’opération : Les forfaits sont commis la nuit, à bord d’un véhicule… Leurs cibles de prédilection, les stations-services, les bijouteries et autres commerces. Ensuite, les vigiles sont les vigiles et les gérants sont neutralisés. A Touba et sa périphérie, une vingtaine de cas sont déclarés, contre une dizaine de cas à Mbacké. Le préjudice financier est globalement estimé à ce jour à une centaine de millions de FCfa.

Ziguinchor et son lot que braquages

Dans la région sud du pays, 6% des cas de braquages sont commis sur les zones frontalières à Niassya, Oussouye, Goudomp…, explique le représentant de Malao à Ziguinchor, Cheikh Tidiane Cissé. A l’en croire, «ces braquages sont souvent faits avec des armes de guerre Kalachnikov…» et généralement le long des frontières sud et nord de la région. 42% de  ces forfaits sont constitués de braquages, contre 22% composés d’attaques armées.

Kaolack – Un préjudice estimé à 20 millions de FCfa

Ici, les opérateurs économiques, commerçants, pharmaciens, stations-service et institutions bancaires sont devenus les cibles des malfaiteurs. La semaine écoulée, une bande armée a tenté de braquer une boutique d’Orange Money et une dibiterie à Sibassor, localité située à 11km de Kaolack. Cependant, l’attaque la plus spectaculaire pour cette année 2020, reste sans nul doute le braquage du  centre de réception des graines d’arachide de Sanguil détenu par des Chinois. Dans cette entreprise visitée le 4 janvier dernier vers 3 heures du matin par des braqueurs, près de 20 millions de FCfa ont été emportés par les assaillants. Armés de fusils, les malfrats ont fait irruption sur les lieux, ont tenu en respect le gardien en tirant des coups de feu en l’air.

Dans le courant de l’année 2019, des dizaines de braquages ont été notés à la suite des attaques du poste de Ndorong et Médina Baye, d’un dépôt gaz… Les bandes se sont aussi illustrées dans le courant de l’année écoulée dans les localités de Madakhoune, Ngath Naoudé, Sibassor, Ndoffane, Wack-Ngouna. À chaque fois, les assaillants opéraient à bord de véhicule 4×4. Le préjudice financier dénombré au cours des deux dernières années est estimé à 20 millions de FCfa.

ABDOU WAHAB SALL, DIRECTEUR DE LA SECURITE PUBLIQUE

«Ces actes de banditisme nécessitent des dispositifs adaptés et renforcés»

Le Directeur de la sécurité publique (Dsp), Abdou Wahab Sall, a profité de la visite de 48 heures à Touba pour annoncer le plan contre l’insécurité dans la cité religieuse et environs.

La coïncidence est troublante, mais rassurante. Une visite du Directeur de la sécurité publique (Dsp) à Touba, dans un contexte marqué par une série de braquages peut bien apaiser la peur des populations de la cité religieuse de Cheikh Ahmadou Bamba. C’est une forte délégation qui a accompagné, hier lundi, le Dsp Abou Wahab Sall chez le porte-parole du khalife général des Mourides, Serigne Bassirou Abdoul Khadre Mbacké. Une visite qui va durer deux jours et qui a sera mise à profit pour des opérations coups de poing. L’occasion a été saisie par le Dsp pour annoncer des mesures d’urgence contre les braquages. «Ces actes de banditisme nécessitent des dispositifs adaptés mais renforcés», analyse-t-il. Abdou Wahab Sall annonce que «les actions devront s’inscrire dans la durée. J’ai instruit les hommes de faire la synergie de leurs forces pour freiner l’élan des malfaiteurs. Le souci de la sécurité à Touba est le souci de tout l’Etat du Sénégal», a-t-il précisé.

Parallèlement à ces actions d’envergure, le Directeur de la sécurité publique a aussi annoncé le renforcement du dispositif présent à Touba en raison de ce que la cité représente dans le pays. D’après lui, «le gouvernement du Sénégal, à travers le ministère de l’Intérieur, s’engage à construire trois autres commissariats de police. Il ambitionne de renforcer le dispositif du Groupement mobile d’Intervention». Pour Abdou Wahab Sall, «Touba nécessite impérativement sur le plan de la sécurité et des services, un dispositif de Gmi».  D’ailleurs, il a émis le souhait du ministre de l’Intérieur d’avoir des autorités de Touba l’élargissement du site qui leur a été alloué lors du Magal. «L’idéal pour nous, c’est d’avoir un site qui pourrait abritait le dispositif des GMI pour renforcer la sécurité à Touba», dira-t-il à Serigne Bass.

EL HADJI ABDOULAYE BAMBA SALL