Reportage : Dakar livrée aux chiens errants

Société

iGFM-On assiste à la présence d’un nombre croissant de chiens errants dans les quartiers populeux de Dakar. Laissés à eux-mêmes, ces animaux de la race canine constituent une menace pour la quiétude des populations et un danger public permanent pour leur santé. Craignant pour leur sécurité, plusieurs citoyens ont attiré l’attention des autorités, pour la prise en compte de ces chiens qui errent dans la capitale.

Le tee-shirt noir qu’il porte sur son corps frêle lui colle à la peau, Abdoulaye Diop, vendeur de chapelets, se tourne les pouces. Pas l’ombre d’un client. Sinon, il hume l’air frais de la mer et se délecte du son des vagues qui rythme ses journées. 13H46. Les grandes artères de Yoff grouillent pourtant de monde. A cette heure de la journée, pas l’ombre d’un chien. Mais les canins hantent la vie de cet homme âgé d’une soixantaine d’années. Lui est bien conscient du danger que représentent les chiens errants, même si dans ce coin, on en voit rarement près de la mosquée des Layènes. «C’est presque très rare de voir un chien errer dans cette partie de Yoff. Il faudra aller voir vers la plage. On les voit rarement traverser les rues du quartier. Il y a une semaine, j’ai moi-même expédié un chien vers la plage», explique-t-il, la gestuelle hésitante. Mais, le phénomène existe, le danger fréquent et les inquiétudes réelles. Lundi dernier, lors du Comité régional de développement (Crd) en prélude au 138e anniversaire de l’Appel de Seydina Limamou Laye, les autorités religieuses de la Cité de Mame Limamou ont évoqué la question des chiens errants qui perturbent le sommeil des Yoffois. Sur ce, à quelques jours de ce grand rassemblement religieux, elles sont inquiètes de la prolifération de ces canins et du risque de transmission de la rage. Dakar enregistre une présence exponentielle de chiens errants au centre-urbain, notamment dans certains marchés et lieux publics. La menace est réelle sur la vie des citoyens, ces chiens n’étant pas vaccinés. Trouvée assise devant la porte de sa maison, Adjaratou Fatou Camara, une vieille dame vêtue de l’éternel boubou traditionnel des femmes de son âge, utilise un discours de sagesse pour parer à toute éventualité face à la présence de chiens errants. «C’est un danger pour les populations, particulièrement les enfants qui jouent dans les rues. Toutefois, je ne suis pas au courant d’un cas de morsure de chiens dans la zone», sert-elle, condamnant, néanmoins, que les gens adoptent des animaux domestiques, sans les entretenir. «Pour élever un animal, il y a des principes. Il faut l’encadrer, le nourrir, le loger et le soigner, en cas de maladies. Si toute la journée, vous attachez le chien à la chaîne, c’est la nuit que vous le lâchez dans votre cour. Presque personne ne dirige son chien vers le service de l’élevage pour son traitement. D’ailleurs, tous les chiens que vous voyez en ville, étaient avant dans une famille, c’est le manque d’entretien qui les fait partir. En ville, vers la boucherie, si des chiens abandonnés trouvent des os et autres, ils ne retourneront plus dans les familles. C’est comme ça que tout est parti, aujourd’hui ils se comptent par centaines, il faut sortir la nuit pour s’en rendre compte», regrette-t-elle.

«J’ai marché sur un chien qui m’a mordue»

«La nuit, tous les chats sont gris», dit-on. A Dakar, à la tombée de la nuit, les canins se donnent rendez-vous dans les ruelles des quartiers, renversent les poubelles à la recherche de nourriture et perturbent la quiétude et le sommeil des citoyens par leurs aboiements incessants. Craignant pour leur sécurité, plusieurs citoyens ont attiré l’attention des services qui s’occupent de l’abattage de ces animaux errants. Amy Lô, la quarantaine, est une vendeuse de légumes au marché de Camberène. Dans sa cantine bien achalandée, la dame, le pagne bien noué autour des reins, explique sa mésaventure : «Il y a juste deux mois, un soir, vers 19 heures, j’ai quitté le marché de Camberène pour rentrer chez moi. Arrivée dans un coin obscur, j’ai marché sur un chien qui m’a mordu à la jambe. Il m’a fallu débourser beaucoup d’argent pour mes soins et ça a pris du temps. Donc les autorités doivent se lever pour extraire de la ville ces chiens qui sont devenus une menace pour nous.» Les populations de ces localités ont même déploré qu’aucune initiative n’ait été prise par les services concernés pour mettre fin à cette situation inquiétante. Laissés à eux-mêmes, infestés et agressifs, ces chiens abandonnés représentent une menace permanente et non négligeable pour les habitants. Saisissant la balle au bond, ce jeune homme d’une trentaine d’années estime que ces canins sortent le plus souvent la nuit. Dans sa chemise bleue carrelée aux longues manches, il confirme la présence de ces chiens dans son quartier et au marché de la localité. «Pour les voir, il faudra aller au niveau des marchés. Ils côtoient les vendeurs de viande, ne sortent que la nuit et sont parfois très agressifs. On assiste à la présence d’un nombre croissant de chiens errants dans les quartiers, surtout dans la banlieue de Dakar. Ils sont laissés à eux-mêmes et constituent une menace pour le bien-être de la population. C’est la raison pour laquelle, les autorités doivent prendre des mesures pour éradiquer ces animaux. La nuit, nous avons des problèmes pour sortir. On peut être victime de morsures de chiens errants et il y a le risque de transmission de la rage», dit-il. Si son rôle de gardien de la maison procure d’énormes avantages à son propriétaire, la garde d’un chien n’est malheureusement pas toujours faite dans les règles, l’entretien nécessaire que cela implique n’étant pas toujours assuré. La plupart de ces bêtes canines ne reçoivent pas les soins d’hygiène requis. Aussi rencontre-t-on des chiens toujours sales et infectés de blessures et de puces qu’ils propagent dans l’environnement. Tous ces facteurs entravent la bonne conduite de ces canins qui deviennent agressifs. De jour comme de nuit, ils sont lâchés dans la nature et telle est la cause du nombre croissant de chiens errants dans la capitale sénégalaise. Véritable danger, ils perturbent la quiétude de la population. Les nombreux cas d’agressions et de morsures de chiens pouvant conduire à la mort.

«L’institut Pasteur de Dakar, seule structure qui traite les cas de morsure de chiens»

Poste de santé des Parcelles Assainies, l’infirmière, dans sa blouse blanche, apprend qu’ils ne reçoivent presque pas des cas de morsures de chiens. Pour ce qui est de la maladie de la rage, elle fait savoir que les patients sont transférés à l’Institut Pasteur de Dakar. Presque toutes les structures sanitaires de la capitale orientent leurs patients, victimes de morsures de chiens, dans cet Institut qui traite ces cas. Outre le risque de transmission de la rage, il y a des cas de vente de viande de chien signalés dans certains marchés de la capitale. La nouvelle est terrifiante. Depuis dimanche dernier, l’info fait le buzz : des individus auraient été surpris à Hann-Marinas, dépeçant des chiens et des chats, après les avoir égorgés. Un véritable scandale alimentaire mettant en péril la santé publique. Il se dit que plusieurs sachets contenant de cette viande sauvage auraient été découverts par la brigade de gendarmerie de Hann appelées sur les lieux. Au niveau du service national d’hygiène, on dit n’être pas au courant de la mise en circulation de la viande de chiens dans les marchés. Concernant l’abattage des chiens errants, l’adjudant-chef de la Brigade nationale du service d’hygiène de Dakar estime que cela est du ressort des services de l’élevage. Quant à eux, leurs compétences se limitent à la gestion de l’hygiène.

JULES SOULEYMANE NDIAYE

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