Serigne Mbaye Sy, le Daara de Seydi El Hadji Malick Sy et le surnom «Ndiol Fouta»

Religion/Société

IGFM – Troisième fils de Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, Serigne Mbaye Sy Abdou, plus connu sous le sobriquet de «Ndiol Fouta», est le gardien du temple de son grand-père, Seydi El Hadji Malick Sy. Depuis plusieurs années, il gère le Daara de Maodo à Tivaouane.

Recroquevillé sur une des nattes de la Zawiya El Hadj Malick Sy à Tivaouane, aux côtés de Serigne Babacar Sy Mansour, Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Abdou, tout de bleu vêtu, bonnet bleu-noir sur la tête, micro à la main, entonne le cantique du Buurd, des louanges dédiées au Prophète Mohamed (Psl). Serigne Mbaye Sy Abdou bercé par les litanies déclamées par Abdoul Aziz Mbaye et sa troupe, se balance légèrement. Depuis l’ouverture du Buurd, le 29 octobre dernier, Serigne Mbaye Sy Abdou ne quitte plus cette place. Troisième fils de Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh, le troisième Khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Abdou a noué, depuis plusieurs décennies un pacte de fidélité avec la Zawiya Seydi El Hadji Malick Sy. C’est dans cet endroit qu’il passe sa vie, il y tient de fort belle manière les rênes du Daara de son grand-père. «Serigne Mbaye Abdou m’a initié à l’éducation religieuse. Je suis toujours dans son Daara. Il a formé beaucoup de jeunes dans ce Daara qui sont devenus de grands érudits», jure Imam Souleymane Bâ. Lorsqu’il parle de Serigne Mbaye Sy Abdou, qu’il appelle affectueusement Papa, ses yeux brillent. Sa mine enjouée témoigne de son affection envers son guide, qui le couve depuis sa naissance. Pour lui, Serigne Mbaye Sy Abdou suit la voie tracée par son père, Dabakh. Bon sang ne saurait mentir.

Le souhait de Dabakh, le Daara de Seydi El Hadji Malick Sy et le surnom ‘’Ndiol Fouta’’

Du haut de ses 74 balais (il est né en 1945 à Dakar), Serigne Mbaye Sy Abdou, fils de Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh et de Sokhna Khady Ndiaye, est l’homonyme de Serigne Babacar Sy, premier Khalife général des Tidianes, fils de Seydi El Hadji Malick Sy. Il a de qui tenir. «Tout le monde connait Dabakh, son humilité et sa bonté légendaire. Sa mère aussi était une femme d’une très grande générosité, une épouse dévouée. Elle ne regardait même pas les talibés dans le blanc de l’œil, tellement elle était timide. Serigne Mbaye Sy Abdou ne peut être qu’un homme bon», assure Imam Souleymane Bâ.

Très tôt, Serigne Mbaye Sy Abdou est initié à l’enseignement coranique. A Tivaouane d’abord, puis au Fouta, où son père le confie à Thierno Abdou Khadre Ly à Thilogne où il passe onze années, en compagnie de son jeune frère, Serigne Cheikh Tidiane Sy. Il mémorise le Saint Coran et revient dans la maison du père avec tous les honneurs, mais surtout avec un surnom qui, depuis, lui colle à la peau. Telle une cicatrice. Imam Souleymane Bâ : «Quand il est revenu du Fouta, comme il y avait plusieurs Serigne Mbaye à Tivaouane, les gens ont continué à l’appeler Ndiol Fouta.» Cheikh Oumar Sy Djamil, neveu de Serigne Mbaye Sy Abdou, dans une lettre de remerciements adressée à son oncle, y détaillait la relation avec Serigne Mbaye Sy Abdou.

Il écrivait : «Serigne Mbaye Sy Abdou est communément appelé ‘’Ndiol Fouta’’, en raison de sa grande taille et surement en souvenir de ses brillantes études à Thilogne dans la région de Matam au nord du pays. Un jour, après avoir observé pendant quelques minutes que Serigne Mbaye ne répondait pas aux interpellations par ce pseudonyme, Mame Abdou avertit l’assistance : ‘D’autant plus qu’il ne réagit pas lorsque vous dites ‘’Ndiol Fouta’’, je vous supplie de ne plus l’appeler ainsi. Je lui ai donné le nom de mon frère, ami et marabout, Serigne Babacar Sy et par ce nom, je voudrais que vous vous adressiez à lui.’ Mais ce nom le suit comme son ombre. Tout comme lui, il veille à tout ce qui se fait dans la Zawiya de Seydi El Hadji Malick Sy. «Il occupe la place qu’occupait son grand-père Seydi El Hadji Malick Sy dans son Daara. Il occupe la maison de son grand-père. Il peut rester longtemps sans passer dans ses propres maisons. Toute sa vie tourne autour du Daara de son grand-père.»

On est au début des années 80, Serigne Mbaye Sy, jeune étudiant de l’Université Quarawiyine à Fez au Maroc, est en vacances d’été à Tivaouane. Sentant avoir amassé suffisamment de connaissances, il alla rencontrer son père pour lui annoncer qu’il ne voulait plus retourner au Maroc et qu’il préférerait rester à Tivaouane, au Daara de Seydil Hadji Malick Sy pour perpétuer son legs. Dabakh est aux anges. Lui qui a toujours souhaité voir un jour, un des enfants de la famille Sy de Tivaouane, lui succéder dans la gestion pédagogique et administrative de cette école de savoir, héritage de Mame Maodo. Il demanda à son fils s’il était conscient  de la lourde décision qu’il venait de prendre. Dabakh décide alors de prendre Seydi El Hadji Malick Sy à témoin. Le père et le fils se rendent au mausolée de Mame Maodo où Dabakh demanda à Serigne Mbaye Abdou de répéter son intention. Serigne Mbaye Sy répéta sans hésitation, ni ambiguïté : «Oui je veux rester à Tivaouane m’occuper du Daara laissé en héritage par Seydil Hadji Malick Sy.»

Depuis, ‘’Ndiol Fouta’’ n’a jamais quitté la Zawiya de son grand-père. Il y vit adossé aux enseignements du Saint Coran et de la Sunna prophétique. Au point qu’à la cité religieuse, on se voit servir la même réponse quand on demande de ses nouvelles : «Mi ngi Zawiya Seydi El Hadji Malick, ci daara ja» (Il est à la Zawiya, à l’école coranique). Des milliers de Talibés y tentent de maîtriser le Coran. Un concert polyphonique, fait d’une symphonie de voix enfantines, se crée autour de valeureux maîtres coraniques. Imam Souleymane Bâ raconte : «Toute sa vie tourne autour des enseignements du Saint Coran et de la Sunna prophétique. Il s’occupe personnellement de ses talibés et ne demande jamais rien à leurs parents. Il ne passe jamais la nuit à Dakar. Il a Tivaouane dans son cœur. Il ne voyage presque jamais. Il avait un passeport diplomatique jusqu’à son expiration, il ne l’a jamais utilisé.»

Quand ‘’Ndiol Fouta’’faisait de la maçonnerie pour son père

Abreuvé à la source de son père, Serigne Mbaye Sy Abdou était très lié à Dabakh. D’ailleurs, à chacune de ses conférences, il ne peut s’empêcher de raconter une anecdote vécue avec celui-ci. C’est le cas lorsqu’il révèle comment Dabakh lui a appris à contenir sa colère et à maîtriser ses nerfs. Serigne Mbaye Sy Abdou : «Un jour, un homme s’est présenté devant Mame Abdou en proférant des menaces et débitant des mots assez déplacés. Sentant mon visage se rétrécir et prêt à en découdre avec lui, Serigne Abdou m’ordonna, quelques heures après, d’aller chercher des denrées alimentaires et m’intima l’ordre d’aller les charger moi-même dans le véhicule. Ce que je fis avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme. Ensuite, il me demanda de l’accompagner. Je ne m’attendais pas à ce que Mame Abdou s’arrête devant la maison de la personne qui avait osé le défier chez lui. Il me fit comprendre ensuite que je devais décharger moi-même ces vivres chez cette dernière. Depuis ce jour, mon père a ôté en moi tout sentiment de haine pour mon prochain.» Serigne Mbaye Sy Abdou n’a jamais rechigné à la tâche pour faire plaisir à son père. Il s’est même mué en maçon pour Dabakh. Imam Souleymane Bâ raconte : «Quand nous construisions à Diacksao, le bâtiment où Mame Abdou Aziz a séjourné les derniers mois de sa vie, Mame Abdou qui revenait de Ndendory (Matam) nous a trouvé en train de creuser. Serigne Mbaye Sy Abdou était au fond du trou et tenait une pelle. Quand Dabakh s’est approché, il a demandé si c’était Serigne Mbaye qui était dans le trou et quand il a levé la tête, Dabakh lui dit ‘’Serigne Mbaye Dieureudieuf’’ sept fois, avant d’ajouter ‘’Yalla bo diem lo teuler’’ trois fois.» Par ce geste, Serigne Mbaye a voulu inculquer à ses disciples, le culte du travail, mais aussi la fidélité envers leur guide et envers tous.

Comme son homonyme Serigne Babacar Sy, avec son légendaire bonnet carré, ‘’Ndiol Fouta’’ ne se départit jamais de son «Laafa Banjul», communément appelé «Cabral» en hommage à l’homme politique de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Fabriqué en République tchèque, ce bonnet en laine bordé de carreaux zigzagants, est arboré avec une rare élégance par Serigne Mbaye Sy Abdou, en public comme dans l’intimité, en cérémonie ou au milieu de ses élèves. Il en fait un usage continu. Avec son allure élancée rappelant celle de Mame Maodo, cet intellectuel arabophone est aussi connu pour sa modestie et sa disponibilité. «C’est un véritable homme de Dieu, affirme Imam Souleymane Bâ. Il est trop modeste. Il a un discours véridique basé sur les préceptes de l’Islam. Il est très accessible, c’est pourquoi il est aimé des jeunes. Il sait donner de la valeur aux gens, il a une capacité d’écoute extraordinaire.»

Pourquoi Serigne Mbaye Sy Abdou s’assied toujours par terre

L’homme a un seul souci : préserver un statut sincère du Musulman sénégalais qui se caractérise par le respect des parents, la tolérance, la droiture et un sens élevé de l’abnégation. Mais aussi et surtout suivre à la lettre les recommandations de son père. ‘’Ndiol Fouta’’, c’est ce guide qui s’assoit à même le sol avec ses disciples. Une exigence de son père. «Un jour, Serigne Mbaye Abdou était dans le Daara, quand Mame Abdou est entré, il a remarqué une chaise posée au milieu des talibés, Dabakh lui a demandé pourquoi il y avait une chaise et s’il s’y asseyait pour dispenser des cours. Serigne Mbaye Sy lui répondit non et lui expliqua que c’était pour y poser les exemplaires du Coran parce qu’il ne voulait pas qu’ils touchent le sable. Dabakh lui dit que ses talibés étaient ses égaux et qu’il devait s’asseoir par terre, comme eux. Même dans sa chambre, il s’assoit par terre. Je ne l’ai jamais vu assis sur un fauteuil, si ce n’est dans des conférences», souffle Imam Bâ. Ses conférences sont très interactives. C’est devenu une habitude de se prêter à un jeu de questions-réponses avec ses interlocuteurs sur la pratique religieuse. Ses vidéos d’enseignement sur les recommandations divines inondent les réseaux sociaux, un legs qu’il tient de Maodo.

CODOU BADIANE (ENVOYÉE SPÉCIALE À TIVAOUANE)

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