«Si les gazelles ne sont pas rendues dans les 15 jours, nous irons les chercher de force»

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IGFM – On pensait l’affaire des gazelles Oryx close. Mais Aliou Demba Sow, président du Conseil départemental de Ranérou, ne lâche pas le morceau. Il compte «aller jusqu’au bout de cette affaire». C’est-à-dire jusqu’à la restitution des gazelles Oryx dans leur milieu naturel. Après avoir saisi le chef de l’Etat pour l’informer de la situation qui a engendrée une colère noire à Ranérou, le député donne deux semaines au ministre de l’Environnement et du développement durable, Abdou Karim Sall, pour qu’il traduise en acte la décision du président de la République. Faute de quoi, martèle-t-il, il ira, en compagnie des jeunes de Ranérou, reprendre de force les animaux.

Des gazelles ont été transférées de Ranérou à Dakar par le ministère de l’Environnement, vers une ferme du ministre Abdou Karim Sall.  Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?

Ce sont les services de sécurité du département de Ranérou qui ont arrêté des véhicules, en plein couvre-feu, vers une heure du matin. Ils pensaient que c’étaient des véhicules qui contournaient le dispositif sécuritaire pour convoyer des passagers. Mais, à leur grande surprise, ils sont tombés sur des personnes envoyées par le ministère de l’Environnement pour transférer des gazelles Oryx, extraites du parc de Ranérou dans la commune de Oudalaye. Les gazelles étaient au nombre de 12. Les 6 ont été acheminées vers la mini-ferme du ministre de l’Environnement et du développement durable, Abdou Karim Sall. 3 ont été acheminées dans une ferme privée de Mbour et les 3 autres dans la ferme d’un autre ministre. Deux gazelles sont mortes en cours d’acheminement à la ferme du ministre. Pis, ce que les gens n’ont pas dit jusque-là, c’est qu’il est fort probable que d’autres gazelles soient mortes lors de leur traque dans le parc. Parce qu’elles ont été brutalisées lors de leur capture. En tant que Président du Conseil départemental, mais aussi en tant que député, je vais initier une demande d’enquête parlementaire, après une visite au parc. Il y a un groupe de députés qui travaillent sur le dossier.

Qui vous a informé du transfert des Oryx ?

J’ai eu l’information via la presse. C’est après que j’ai eu la confirmation auprès des services de sécurité. C’est pour cela que j’ai tenu à m’en démarquer parce que les gens peuvent penser que je suis au courant en tant que Président de Conseil départemental. D’ailleurs, aucune autorité de Ranérou n’a été mise, préalablement, au courant de cette affaire. Les jeunes de Ranérou ont voulu organiser une marche, mais avec d’autres responsables du département, nous avons calmé les choses, pour régler cette affaire autrement. Mais, on se rend compte que le principal responsable de cette affaire refuse d’assumer.

Mais les gazelles n’appartiennent ni aux jeunes ni à la commune de Ranérou ?

Certes, les gazelles appartiennent à tout le peuple sénégalais, mais elles ont été extraites d’un parc de Ranérou. Les gazelles constituaient un mythe. Elles sont là depuis 1993. Elles étaient 8 au début, aujourd’hui, elles sont plus de 500. Le transfert devait se faire dans les règles de l’art, suivant une procédure normale. Il y a de cela deux ans, lors d’une tournée internationale, le Conseil départemental s’était rendu dans la région de Rhone-Alpes, l’un de nos projets prioritaires était de voir comment moderniser le parc, en faire un atout touristique et en ouvrir d’autres.

Est-ce que vous avez saisi le ministre depuis lors ?

Non. Personnellement, je ne lui ai rien dit. Je ne lui ai jamais demandé directement de restituer les Oryx. Je ne connais même pas où se situe son bureau. Nous n’avons aucun rapport. Quand il est venu à Ranérou, j’ai tout laissé pour l’accompagner dans le parc. Pourquoi, cette fois-ci, quand il a voulu transférer des gazelles du parc il ne m’a pas informé ? Il sait bien qu’il est en tort. J’ai saisi le président de la République, Macky Sall, pour lui expliquer l’affaire.

Par quel canal ?

Nous nous sommes parlés au téléphone. C’est d’ailleurs cet appel qui a fait annuler la marche des jeunes de Ranérou. Il m’a promis qu’il allait tirer cette affaire au clair. Comme le ministre ne s’est toujours pas exécuté, nous attendons sa réaction. Je sais pourquoi il a pris ces gazelles et s’il ne les restitue pas, je vais tout déballer. Ce ministre n’a pas besoin de la viande, il l’a pris pour autre chose. Si deux semaines après la Tabaski, le chef de l’Etat ne réagit pas et que le ministre ne rend pas les gazelles, nous irons dans sa ferme pour les  reprendre de force.

Est-ce que la loi vous autorise à faire cela ?

Ce qu’il a fait est hors-la-loi.

Abdou Karim Sall dit qu’il y a un protocole d’accord ou une convention qui définit le cadre du partenariat entre l’Etat représenté par la Direction des parcs nationaux (Dpn) et le promoteur, qui peut être une personne physique ou morale, pour accueillir des gazelles. Et qu’il n’a rien fait d’illégal dans ce qu’il a fait…

Il raconte du n’importe quoi. Si ce qu’il fait est légal, pourquoi le gouverneur et le préfet n’ont pas été informés du transfert ? Tout a été fait dans la clandestinité.

Est-ce que les Oryx étaient menacées là où elles étaient ?

Il y a assez de place à Ranérou pour contenir toutes les gazelles et il était prévu l’ouverture d’autres parcs.

En collaboration avec le ministère de l’Environnement ?

Le directeur des Eaux et forêts est au courant de ce projet. Quand nous sommes partis à une rencontre des Nations Unies sur le changement climatique, nous en avons discuté. L’année dernière, j’en ai discuté avec le chef de service départemental des Eaux et forêts de Ranérou, lors d’une tournée dans la région de Rhone-Alpes. Il était présent quand j’en parlais avec nos partenaires. C’était une de nos priorités. Il s’agit d’une compétence transférée. J’en déduis qu’ils doivent être au courant.

Pourquoi n’avez-vous pas saisi la justice ?

Nous n’attendrons pas la justice parce que ce que Abdou Karim Sall a fait est très grave. Le Président Macky Sall est notre leader, nous sommes à son écoute. S’il ne réagit pas, nous allons réagir et tout le monde nous sentira. Nous irons reprendre les gazelles. Pour la justice, il y a un pool de députés qui travaillent sur ça. Une réunion est prévue après la Tabaski, mais nous sommes convaincus que le Président va réagir.

Est-ce que sa réaction n’est pas tardive ?

Non. Le chef de l’Etat prend le temps de bien s’informer déjà. Si Abdou Karim Sall pense que cette affaire est close, il se trompe lourdement.

Abdou Karim Sall dit n’être pas ébranlé par cette affaire, vous pensez réellement qu’il y aura des sanctions ?

Nous en saurons quelque chose d’ici peu. S’il a le soutien du Président aussi, nous le saurons. Nous avons comme lui l’opportunité de voir le Président quand nous le désirons.

Et si le Président vous demande d’arrêter ce combat ou tente une médiation, qu’allez-vous faire ?

La seule chose qui pourra nous arrêter est que les gazelles soient restituées et celles qui sont mortes soient remboursées. C’est lui qui les a tuées, il n’a qu’à rembourser.

CODOU BADIANE