Thiès : Les codétenus de Cheikh Béthio Thioune en grève de la faim

Société

iGFM-En détention depuis 2012, les codétenus de Cheikh Béthio Thioune, dans le cadre du double meurtre de Médinatoul Salam, sont décidés à sacrifier leur vie par l’observation illimitée d’un mot d’ordre de grève de la faim, pour exiger la tenue de leurs procès.

Avril 2012 – Avril 2018, 6 ans déjà que les disciples de Cheikh Béthio Thioune sont en détention provisoire dans le cadre de l’affaire du double meurtre de Médinatoul Salam. Pour se faire entendre, neuf parmi les 16 Thiantacônes maintenus en détention, ont entamé, dans la nuit du dimanche au lundi, une grève de la faim illimitée. Ces Thiantacônes exigent la tenue de leurs procès, après avoir été renvoyés en Chambre criminelle. Ils jugent leur longue détention excessive. Certains parmi eux ont perdu leurs parents sans pouvoir assister à leurs funérailles. D’autres ont vu leurs familles se disloquer : leurs épouses ayant demandé le divorce, leurs enfants ont abandonné l’école. Ils interpellent la société civile, les défenseurs des droits de l’homme, les guides religieux à se prononcer sur cette injustice à leur endroit. Ils ne comprennent pas que des dossiers datant de 2015 voire 2016 aient été vidés, alors qu’ils ne sont toujours pas attraits à la barre. Me Oumar Faty, avocat de Cheikh Béthio Thioune, pense que ces Thiantacônes ont trop longtemps séjourné en prison sans être jugés. «Ce sont des personnes qui sont en détention provisoire depuis avril 2012, donc depuis 6 ans. C’est extrêmement long. Ils ont leur raison d’observer cette grève, dès l’instant qu’ils estiment qu’ils sont laissés pour compte», signale-t-il. Me Faty note qu’il leur avait suggéré, dans un premier temps, de patienter le temps qu’il voit où se situe le blocage de leurs dossiers, surtout que l’enquête a été bouclée depuis 2013. «On attendait l’enrôlement du dossier, mais ils n’ont jamais été attraits devant la barre de la Chambre criminelle où ils ont été renvoyés. Leur guide, Cheikh Béthio Thioune, est en liberté provisoire. Et au delà même de son état de santé, il n’y a pas d’éléments compromettants à son encontre. Je ne vois pas pourquoi nous aurions peur que cette affaire soit jugée», confie Me Oumar Faty, selon qui, lors de la reconstitution des faits à Médinatoul Salam, il a été vu que Cheikh Faye, chambellan de Cheikh Béthio Thioune, n’était pas au courant des émeutes et des coups de fusils tirés. Avec force arguments, Me Faty fera remarquer qu’au cours de la reconstitution, le juge d’instruction et le procureur de la République ont compris que du dehors, même si un coup de feu est tiré, Cheikh Faye et Cheikh Béthio, qui étaient à l’intérieur de la concession, ne pouvaient pas l’entendre. «Cheikh Faye n’était au courant de rien. Mieux, c’est lui-même qui a informé les gendarmes. Il a participé à quoi ? A rien absolument. Je les comprends, bien que je leur aie demandé de ne pas observer cette grève de la faim», s’insurge leur avocat. L’adjoint du régisseur de la Maison d’arrêt et de correction (Mac) a tenté en vain de demander aux manifestants de surseoir à leur mot d’ordre de diète. Pour les Thiantacônes, il n’y a qu’une alternative pour arrêter la grève : leur procès ou leur mort.

Deux Thiantacônes évacués à l’infirmerie

24 heures après leur grève de la faim, Pape Anne et Abdoulaye Diouf ont été évacués, hier, vers 22 heures, à l’infirmerie de la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Thiès. Le premier souffrait de maux de tête, alors que le second se plaignait de maux de ventre. L’infirmier de garde leur a signifié qu’il ne pouvait leur donner de médicaments à jeûn. Il leur a conseillé de manger. Ce que les deux Thiantacônes ont refusé, préférant mourir plutôt que de renoncer à leur combat.

OUSSEYNOU MASSERIGNE GUEYE