TOUBA-LES AVEUX DU PRESUME MEURTRIER DE MODOU LO  : «J’étais ivre comme un Polonais quand je l’égorgeais…»

Société

IGFM – Khalifa Ababacar Diop risque fort pour avoir égorgé le chanteur de Khassaïdes Modou Lo. Au cours de l’enquête, il est passé aux aveux expliquant son acte par un état d’ébriété tout en déroulant le film de cette horreur.

Touba a connu l’horreur jeudi passé tard dans la nuit. La cité religieuse a été le théâtre d’un assassinat abject. D’une simple bagarre au cours de laquelle Modou Lô, superviseur des alentours de la grande mosquée de Touba, a été égorgé… par Khalifa Ababacar Diop. Le corps sans vie a été retrouvé à l’intérieur de la concession de Serigne Fallou gisant dans une mare de sang. Son bourreau arrêté par la police juste après son acte odieux est revenu, lors de son interrogatoire, sur les circonstances du drame. Au moment des faits, il était «ivre» et l’a reconnu devant les enquêteurs.

Modou Lô qui avait l’habitude de demeurer la nuit aux alentours de la grande mosquée, parcourant les Khassaïdes de Serigne Touba a au cours de ses pérégrinations, eu la malchance de le croiser. Visiblement marqué par le comportement peu catholique de ce dernier, Modou s’est approché de lui pour lui demander de vider les lieux. Ce que ce dernier refuse de faire. Après un échange de propos aigres-doux, il s’en est suivi une bagarre entre les deux individus au cours de laquelle le présumé meurtrier Khalifa Ababacar Diop a été rudement malmené.  Modou a choisi de se retirer à l’intérieur du domicile de Serigne Fallou, poursuivi par son bourreau. A bout de patience, il a essayé de se défendre et a brandi un couteau (ouvre-bouteille) avant d’attaquer son vis-à-vis. Avec cette arme, il a poignardé plusieurs fois la victime qui avait à cet instant perdu connaissance et finit par l’achever avec cette arme. C’est un vigile en faction au niveau de ladite maison qui a avisé vers 01h30 mn, les hommes du lieutenant Faye du commissariat de Gouye-Mbind.

Des policiers aussitôt dépêchés sur les lieux mettent, après quelques minutes de fouille, la main sur la personne en question qui avait les habits tachés de sang et qui délirait : « J’ai tué une personne, j’ai tué une personne.» Après le constat d’usage des éléments de la 23e Compagnie d’Incendie et de Secours de Touba, le corps sans vie de Modou Lô a été acheminé à la morgue de l’hôpital Ndamatou de Touba. Placé en garde à vue avant d’être soumis à l’interrogatoire, le présumé meurtrier, Khalifa Ababacar Diop, né en 1996 à Dakar, se disant livreur commercial, domicilié aux Parcelles-Assainies, Unité 25, de passage à Touba, passe aux aveux évoquant une circonstance atténuante. Aux enquêteurs, après avoir soutenu «être ivre comme un Polonais», il confie s’être rendu dans la maison de Serigne Fallou pour rencontrer Serigne Abô Mbacké Baraka aux fins de faire acte d’allégeance auprès du khalife du chef religieux. Malheureusement, les chambellans trouvés sur place lui ont dit que le marabout n’était pas disponible et demandé de revenir le lendemain. Ce qui l’a poussé à passer la nuit sur place, aux abords de la grande mosquée. Repris de justice pour avoir été condamné deux fois, pour vol de bétail et trafic de chanvre indien, le présumé meurtrier qui risque fort cette fois-ci, a été surpris de croiser le jeune Modou Lô qui s’est opposé à son désir jusqu’à ce que meurtre s’en suit.

EL-H ABDOULAYE BAMBA SALL

Modou Lo, un jeune ayant sacrifié sa vie aux khassaïdes

Polygame, marié à deux épouses, le jeune Modou Lô, la quarantaine, est père d’une unique fille, Sokhna Astou Walo Lô, âgée seulement de 30 mois. Sa deuxième femme avait accouché des jumelles mais elles n’ont pas survécu. Il a passé toute sa vie au quartier Darou Khoudoss, au domicile de son jeune frère.

Le mercredi passé, après la prière de Takaussan, il avait comme à ses habitudes, rallié les  abords de la grande mosquée. Au niveau de ce lieu de culte, le défunt, avec d’autres membres de son groupe, s’apprêtait à chanter les khassaïdes mais pour une heure bien déterminée. Modou qui n’avait d’autre préoccupation était toujours le dernier à quitter après les chants. Et c’est aux alentours du mausolée de Serigne Touba qu’il déambulait en train de chanter les khassaïdes jusqu’à une heure tardive avant de regagner son domicile. Aïssatou Ndour, proche du défunt au sein de leur Dahira Soldarou Sokhna Diarra avec ses deux épouses s’empresse de témoigner : «Serigne Modou était un individu particulier à tous points de vue. Ce qui accrochait en lui, c’était sa voix, à la fois veloutée et imposante, qui rapportait, scrupuleusement, les écrits de Serigne Touba Khadimou Rassoul. Un boulot pour lequel il fit montre d’un dévouement sans faille. Ses prestations étaient sollicitées partout», explique-t-elle. Poursuivant son témoignage, Aïssatou précise que le jeune Modou se retirait très souvent dans le village de Nawel où il s’adonnait durant plusieurs jours à la lecture des khassaïdes à la gloire de la grand-mère de Khadimou Rassoul. Elle se rappelle leur dernière conversation qui date du 17 juin dernier. Quand il les exhortait à être plus assidus et rigoureux dans la lecture des khassaïdes et des enseignements de Serigne Touba. Amie d’une des épouses de Modou, (la première, Sokhna Fate Sarr) et apparentée à l’autre, (la deuxième, Sokhna Adama Faye), Aïssatou garde du défunt son hospitalité légendaire. «Il est très souvent revenu de la grande mosquée avec des hôtes que nous ne connaissons pas. La plupart sont des étrangers. Si ce sont des femmes, ils les confient à ses épouses et si ce sont des hommes il passe la nuit avec eux, à même le sol à l’intérieur de sa chambre où le lit était préposé à ranger les exemplaires de khassaïdes et d’autres écrits de Serigne Touba », dit-elle. Autre fait il jeûnait plusieurs jours de l’année. Durant tout le mois de ramadan passé, ce sont ses épouses qui lui apportent son «ndogou» à la grande mosquée de Touba parce qu’il n’avait pas de temps pour retourner à la maison.

EL-H ABDOULAYE BAMBA SALL