Youssou Ndour : "Cet album aurait pu s’appeler aussi..."

lundi 22 novembre 2021 • 1534 lectures • 1 commentaires

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Youssou Ndour :

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Le chanteur sénégalais Youssou N'Dour a profité du confinement lié à la pandémie pour concevoir et enregistrer au Sénégal un album sobrement intitulé Mbalax. Comme un retour à l'essentiel. Interview.

RFI Musique : Youssou Ndour c’est votre 35e, 36e, 40e album ?
Youssou Ndour : Si on prend en compte les albums qui ne sont sortis que pour le territoire sénégalais, il y en a plus de trente.
Et cet album, justement, il est destiné à qui ?
Il est destiné aux Sénégalais. Et également à partir du moment où le mbalax symbolise aussi la musique populaire ici, au Sénégal, il parle au reste du monde. Donc c’est un album d’ici et d’ailleurs, mais parti vraiment d’ici. Parce que tout ce que symbolise cet album, les instruments –si vous avez vu la pochette, j’ai essayé d’illustrer les instruments qui incarnent ma carrière, ma musique qui a grandi avec mon expérience. Donc je vois tous ces sons, toutes ces paroles qui parlent au Sénégal et qui continuent de parler au reste du monde et à ceux qui s’intéressent à la musique world, comme on dit.
Vous avez popularisé la musique traditionnelle de votre pays… À quel instrument faites-vous allusion ?
Je dirais, par exemple, le talking-drum qu’on appelle le tama, ici. C’est un instrument, mais pour moi c’est plus que ça. C’est une voix. C’est une seconde voix. Parce que le talking-drum parle, me répond quand je fais des envolées et crée une danse très sensuelle, aussi. Parce que le son est comme ça, il est petit… Et donc je pense que si l’on pouvait résumer autour du symbole du mbalax, c’est ma voix et l’autre voix, le talking-drum, notamment.
Vous avez utilisé les instruments qui parlent maintenant au monde entier, qui parlent aussi à tous les Sénégalais… Et vous chantez en anglais ou en wolof ?
En wolof quasiment à 80 %. Il y a des textes aussi en français et un peu en anglais. Mais je considère toujours que les langues ont une importance. Pour moi, la première langue, c’est la mienne.
Donc elle n’a pas de frontières, elle est universelle…
Oui, elle n’a pas de frontières, mais elle vient de quelque part. La source, il ne faut jamais l’oublier quand on incarne une musique comme celle-ci.
Et cet album, comment  vous l’avez appelé?
"Mbalax". Une des premières personnes qui a écouté l’album me disait que cela pouvait s’appeler aussi "La parole", parce qu’il y a beaucoup de messages. Je raconte la société, les choses que j’aime, les choses que je n’aime pas, les choses que j’encourage, l’amour… Beaucoup de choses qui tournent autour de l’humain.
Et qu’est-ce qui vous fait revenir à vos racines, à la source, après toutes les expériences pop que vous avez eues avec les artistes célèbres ?
En réalité, je n’ai jamais quitté mes racines. J’ai toujours habité au Sénégal - à Dakar - et j’ai toujours beaucoup voyagé… J’ai rencontré beaucoup de gens, beaucoup de sonorités… Après avoir fait ces rencontres-là, je revenais toujours au Sénégal. Je reviens toujours au Sénégal... Et même si je reviens avec des choses que j’ai aimées, je les mets à la sauce sénégalaise. Donc l’environnement où l’on vit aussi est important. Et je crois que, chaque fois que je ressens quelque chose, même si c’est d’ailleurs, il y a la sauce sénégalaise.
Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce disque ?
En fait, il y a des chansons qui existent depuis quatre ans. Après, le travail a commencé lors du confinement - pratiquement deux ans. J’ai travaillé… Tout le monde était confiné… Donc on reste sur place, on travaille sur place et virtuellement avec d’autres musiciens. Cela a donc vraiment pris le temps du confinement.
C’est un album fait maison ?
Oui. On l'a fait à partir d’ici, d’où le nom "Mbalax". Ça devait partir d’ici, de toute manière. Même s’il n’y avait pas une situation exceptionnelle, cela devait partir d’ici. Le concept c’est ça.
Le mbalax provient en partie d’une tradition religieuse ... Donc c’est un retour aux sources pour vous ou justement les sources étaient là tout le temps ?
Le Sénégal, c’est un pays où 95 % de la population est musulmane et après il y a les chrétiens. Donc c’est un pays qui a fondamentalement une tradition. Les gens tiennent à ces traditions. Donc ce sont toutes ces résonnances-là qui sont autour de la musique. Nos croyances, nos traditions et notre marche vers le monde moderne … C’est tout ce qui ressort autour de l’album.
Cet album ouvre avec quel titre ?
L’album commence par un titre qui s’appelle Gagganti ko. C’est-à-dire que, quand quelque chose va mal, il faut la redresser. C’est une histoire d’amour autour d’un couple où l’on parle de l’homme et de la femme et des moments difficiles dans le couple, ou des moments extraordinaires. Donc, on commente autour de l’amour.
Justement, est-ce que le confinement vous a influencé dans l’écriture de votre disque ?
Oui, je pense que toutes les personnes, durant ces deux années que nous venons de vivre, ont eu à se réécouter, à relire un tout petit peu le monde d’aujourd’hui et à avoir conscience des préoccupations ou des dangers qui nous guettent. Donc effectivement, autour de l’album, il y a ce ressenti-là mais aussi de la tristesse, parce que nous avons perdu beaucoup de gens, des proches, des "monuments"… Et tout cela aussi, est ressorti dans cet album.
Est-ce que les questions sur l'état de la planète, l’écologie, les ressources naturelles sont intervenues dans cet album, que ce soit mélodiquement ou à travers les textes ?
Je parle de l’eau, par exemple. Et ma crainte, c’est que l’eau vienne à manquer. C’est ma crainte, d’où l’importance d’en parler, que les gens puissent prendre conscience de l’importance de l’eau, en fait, source de la vie.
Cet album est traversé par une certaine spiritualité ?
Oui, mais en tout cas, je suis très conscient du monde actuel. Je raconte la société. Et la société d’aujourd’hui a des choses très bien, elle a des choses difficiles, elle a des craintes et beaucoup de questions à se poser.
Un exemple de quelque chose de bien de la société et un autre moins bien, qu’il soit africain ou autre, mais dans le monde d’aujourd’hui…
Je me garderai toujours de commenter mes chansons. J’imagine et je commente des situations. Après, ce sont les gens qui ont une certaine interprétation. Oui, il y a des choses que nous connaissons très bien, comme la joie de vivre. Ce sont des choses fondamentales. On a des craintes, comme je l’ai dit, sur l’environnement, aujourd’hui. On a des craintes sur beaucoup d’autres choses, sur le racisme, etc. Cette lecture-là, c’est la lecture de ces deux années que nous avons passées.
Est-ce que cet album est traversé par l’espoir, la joie, malgré le contexte actuel ou au contraire, il est habité par une mélancolie du monde d’aujourd’hui ?
On doit rendre grâce à Dieu et essayer de rebondir, de s’oublier un peu et d’avoir une certaine solidarité. Je pense aussi que nous devons tous arriver à se dire qu’il y a des choses qui ne peuvent plus arriver, que tout ne sera plus comme avant… Voilà, tout cela, oui !
Combien de morceaux a cet album ?
Douze titres. Vous savez, un album, c’est comme l’architecture d’une maison qui a des endroits lumineux, il y a des coins… D’ailleurs, je me souviens très bien des maquettes à la maison, ici, à une certaine heure, où on ne veut pas déranger, on chuchote, on chante un peu, moins fort… Et voilà, ça a un son aussi.
Alors quel est l’endroit de la maison où vous chuchotez et quel est l’endroit vous avez chanté un peu plus fort ?
Quand vous êtes proche des chambres, que c’est la nuit et que les gens sont en train de dormir, c’est direct, vous chantez doucement… Et cela a un son, une émotion qui se dégage que vous ne trouviez pas au milieu du grand salon ou de notre cour. Et vous ne pouvez pas avoir les mêmes réactions au niveau de l’interprétation.  
Est-ce que vous avez un endroit préféré dans cette maison ?
Oui, j’ai en fait un endroit qui est un salon, un bureau et une salle pour regarder la télé et visionner des choses. Et je pense qu’il y a des moments - beaucoup de moments - autour de cet album, qui ont été conçus à partir de cet endroit-là. Ma famille dit : "Ah ! Ça c’est l’endroit préféré de papa".
Quel goût a pour vous cet album ? C'est une création qui vous tient à cœur ?
Oui. Comme je l’ai dit, autour de cet album, nous avons travaillé beaucoup plus longuement, par la situation que nous vivions. Et j’ai eu beaucoup plus de temps, je suis allé beaucoup plus en profondeur… Il y a un arrangeur aussi, qui a travaillé sur l’album. C'est mon petit frère. Donc vous voyez, ce sont des moments de famille aussi, même si la famille ne s’arrête pas seulement autour de mes frères. Mais c’est toute une famille, tous les musiciens qui ont eu à participer. Quand on s’est retrouvés en studio, on était très heureux d’être ensemble, vu la situation.

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Youssou N'Dour Mbalax (Universal Music Africa) 2021

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Daouda Mine

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