Scandale ASER - Banco Santander : Chronique d’un carnage financier au détriment du monde rural
mardi 16 juin 2026 • 75 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Comment 45 millions d’euros se sont volatilisés en 48 jours sur un projet d'électrification de 1 600 villages sénégalais, sous l'œil désormais attentif de la justice espagnole.
Par Ahmadou Bella Diallo | Dakar, le 15 Juin 2026
Le feuilleton politico-financier impliquant l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER) et la banque espagnole Banco Santander vient de franchir un cap critique. Les récentes pièces judiciaires transmises par la justice espagnole au député Thierno Alassane Sall tracent une cartographie effarante de flux financiers évaporés. Alors que des milliers de foyers sénégalais attendent toujours la lumière, les millions de l’électrification, eux, ont voyagé à travers le monde en un temps record.
Une explosion de fonds en 48 heures chronomètre
C’est l’histoire d’un compte bancaire qui donne le vertige. Le 10 juin 2024, le solde de la société espagnole AEE Power EPC, adjudicataire du marché de l'ASER pour un montant global de 140 millions d'euros (environ 91,8 milliards de FCFA), affichait un montant dérisoire de 22 020 euros. Dès le lendemain, 11 juin, une injection massive de 55 999 999 euros y est opérée par Santander, au titre d'une avance de démarrage. Quarante-huit jours plus tard, il ne restait que 10 millions d’euros. En février 2026, le solde s'effondrait à 1 346 euros.
Une dispersion internationale opaque
Où est passé l'argent du monde rural ? L'examen rigoureux des relevés bancaires ordonné par le magistrat madrilène en charge de l'affaire lève un coin du voile. Plus de 13,6 millions d’euros ont été immédiatement rapatriés vers d’autres banques en Espagne. Le reste de l'enveloppe a été éclaté dans des virements transfrontaliers vers une dizaine de destinations internationales. Pendant ce temps, sur le terrain, le réseau électrique brille par son absence.
Ce rythme de décaissement frénétique interroge sur les mécanismes de contrôle interne de l'ASER et du ministère des Finances de l'époque. Comment un tel volume de fonds a-t-il pu être libéré sans la validation d'étapes d'exécution physique concrètes ?
Le mystère des doubles facturations
L’autre anomalie majeure réside dans la détection de doublons apparents dans les demandes de paiement. Des pièces justificatives portant des références rigoureusement identiques ont donné lieu à deux décaissements successifs, le 14 puis le 20 juin 2024. Une confusion administrative ou une manœuvre délibérée ? C'est ce que devra trancher l'enquête.
L'impasse de l'ASER et le gel de Santander
Aujourd'hui, l'institution se retrouve prise au piège de ses propres turpitudes passées. La direction de l'ASER a récemment adressé une correspondance officielle au ministère des Finances et du Budget, constatant formellement le blocage des opérations par Banco Santander. Sans arbitrage étatique fort et sans transparence absolue, le projet est techniquement mort-né, laissant 1 600 villages dans l'obscurité.
Ce prêt commercial était adossé à la garantie de l’État espagnol via la CESCE (Compañía Española de Seguros de Crédito a la Exportación). Face aux anomalies et aux mouvements suspects décelés dès septembre 2024, la CESCE a gelé ses engagements. Ce blocage prive désormais le Sénégal de la suite des financements, actant la paralysie complète du projet.
La Justice espagnole en éclaireur, le PJF saisi
Face à ce que d'aucuns qualifient déjà de « hold-up du siècle » sur les deniers de l'électrification, c'est de Madrid qu'est venue la rigueur procédurale. La procédure espagnole (Diligencias Previas n°140/2026) a contraint Banco Santander à la transparence.
Au niveau national, le dossier a été transmis officiellement au Pôle Judiciaire Financier (PJF) du Sénégal. Le député Thierno Alassane Sall, qui avait introduit une première plainte en octobre 2025, a été entendu par la Section de Recherches (SR) de la Gendarmerie. Les relevés de compte espagnols viennent désormais blinder un dossier qui s'annonce explosif pour les anciens décideurs.
L'exigence de reddition de comptes
Au-delà de la bataille juridique internationale, cette affaire pose une question de dignité nationale. Peut-on continuer à endetter les générations futures auprès de consortiums étrangers pour des projets dont les fonds s'évaporent avant même la pose du premier poteau ? Le peuple sénégalais, et plus particulièrement les populations rurales privées d’infrastructures de base, exige que toute la lumière soit faite. Les coupables, qu'ils soient au Sénégal ou en Espagne, devront rendre des comptes.
Publié par
Harouna Fall
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