lundi 18 mai 2020 • 51 lectures • 0 commentaires

«En juin-août, 529 625 ménages risquent de basculer en insécurité alimentaire»

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«En juin-août, 529 625 ménages risquent de basculer en insécurité alimentaire»

IGFM - Secrétaire exécutif du conseil national de la sécurité alimentaire, Jean Pierre Senghor revient dans cette interview accordée à L’Observateur, sur la situation alarmante d’insécurité alimentaire provoquée par le Covid-19 au Sénégal. Mais aussi sur les réponses que l’Etat compte apporter à cette grave question.

Le Sénégal fait face à cette pandémie, avec l’instauration de l’état d’urgence assorti d’un couvre-feu. Quelle est la grille d’analyse du SE-Cnsa, et quelle est la situation alimentaire du pays ?

La fermeture des frontières extérieures du fait de la survenue de la pandémie de Covid-19, fait courir au pays le risque de voir les circuits d’approvisionnement en produits alimentaires perturbés. Il en est de même de la situation à l’intérieur du pays car les restrictions dues à l’état d’urgence limitent la circulation des personnes et des biens, ce qui se traduit par une réduction notoire des transactions commerciales, des pertes de revenus qui affectent directement l’économie des ménages. La crise sanitaire en cours, présente, de ce fait, dans l’ensemble des 17 pays du Sahel et de l’Afrique de l’ouest, un risque d’exacerbation de crises alimentaires récurrentes. Si l’on n’y prend garde, elle pourrait engendrer une double crise, économique et sociale.

Afin de prévenir, voire d’éviter la survenue d’un tel scénario, un Plan d’urgence sécurité alimentaire (Pusa) est élaboré par le SE-Cnsa, en collaboration avec tous les acteurs qui «cotisent au panier de la sécurité alimentaire» dans le pays. Fruit d’une construction commune, par une démarche interactive, le Plan d’urgence sécurité alimentaire (PUSA 2020) se veut une réponse conjoncturelle d’envergure de l’Etat du Sénégal à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, fortement exacerbée par les effets de la pandémie de Covid-19. Ce plan se décline en deux temps quasi simultanés dont le premier tient de l’opération «aide alimentaire d’urgence» à un million de ménages, déployée dès la fin du mois d’avril 2020, par le ministère du Développement communautaire, de l’Equité sociale et territoriale (Mdcest). Le Pusa 2020 se poursuit, dans la foulée, par l’intervention spécifique dans 7 régions parmi les plus vulnérables du pays, d’un consortium de six Ong partenaires, dénommé Réplica[1]. Cette action, qui se veut elle aussi précoce, est rendue possible grâce à un fonds de 11,5 milliards de FCfa dont le Sénégal a bénéficié cette année de la Mutuelle panafricaine d’assurance, African Risk Capaty (Arc), au titre d’indemnité versée au pays suite à la sécheresse qui a sévi dans la plupart des terroirs au cours de la dernière campagne de l’hivernage 2019.

La poursuite de la mise en œuvre du Pusa consistera donc à apporter, au moment de la soudure (juin-août) au plus tard, un appui à 529 625 ménages qui d’après les résultats du dernier Cadre Harmonisé (CH), courent un fort risque de basculer en insécurité alimentaire. Notons qu’avant la survenue de la pandémie, le nombre de ménages menacés d’insécurité alimentaire d’ici à juin 2020 était estimé à 95 828 ménages dont les besoins de prise en charge sont totalement couverts par le fonds Arc, déjà disponible. En termes de budget, le Pusa 2020, en cours de validation, voit déjà un montant de 80,5 milliards de FCfa, soit 65,1% déjà mobilisés, avec 69 milliards de FCfa en cours d’exécution par l’Etat, sur fonds propres, en plus des 11,5 milliards de FCfa provenant de l’indemnité versée par Arc. Lors de la dernière télé rencontre du Réseau de Prévention des Crises alimentaires (Rpca), qui s’est tenue le 02 avril 2020, la proposition du Sénégal de reconsidérer son Plan national de Riposte (Pnr) en Plan d’Urgence Sécurité alimentaire (Pusa) a retenu l’attention du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss), qui dans sa lettre n°000574 du 14 avril 2020, en a fait une recommandation formelle à tous les 17 pays membres de ce réseau Rpca. Il s’agit surtout de veiller à ce que la crise sanitaire en cours n’engendre pas, dans la foulée, voire dans le même temps, une crise alimentaire sans précédent, source potentielle de crises sociales aux conséquences imprévisibles. C’est tout le sens, l’objet et l’intérêt du Plan d’Urgence Sécurité alimentaire 2020, qui veut contribuer à bâtir, avec la communauté des acteurs impliqués dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, une réponse rapide, vigoureuse et efficace, à la mesure du triple enjeu sanitaire, alimentaire et social auquel tous nos pays, sans exception, font face.

Que donne exactement le regard croisé des experts du Cilss sur cette situation quasi-inédite ?

Tous les observateurs et experts s’accordent à reconnaitre que la situation appelle des actions locales urgentes, appropriées et rapides, que les Etats se doivent de prendre en toute responsabilité. Le Cilss appelle par ailleurs à une large concertation régionale, en vue de mener de concert à la construction de cette réponse commune basée sur la solidarité dans le partage des informations et la synergie d’actions. Penser désormais nos économies dans nos structures et dynamiques sociales et écologiques et non l’inverse. Telle est une des réponses à court terme que le Cilss et nos Etats se doivent d’apporter au titre d’enseignement majeur tiré de cette pandémie. Mettre en place un vrai réseau de solidarité, en vue de promouvoir bien plus d’investissements et de l’innovation dans nos systèmes de production et de modes d’alimentation responsables, tournés vers une transformation systématique de nos productions vivrières. Oui, la situation peut être inédite, elle l’est déjà d’ailleurs, mais nous (les pays) en possédons les réponses, aussi bien localement qu’au plan régional.

C’est à cela que nos chefs d’Etat travaillent, notamment le Président Macky Sall, qui vous l’avez sans doute noté, ne cesse de prendre des initiatives allant dans ce sens au plan national et international. Ces dernières années, nous avons noté que ce sont souvent les mêmes départements qui sont répertoriés en phase crise (le Nord Est et le sud Est du pays). Quid de cette année ? La situation ne risque-t-elle pas d’être plus corsée et d’atteindre des zones jusque-là épargnées ? Les résultats du Cadre Harmonisé (Ch) de mars 2020 ont permis de dresser les nouvelles cartes de la situation alimentaire du pays ; elles indiquent que Matam et Salémata sont les deux départements classés Orange, donc considérés à risque d’insécurité alimentaire, et sur l’ensemble du territoire national, 766 725 personnes courent le risque d’être en crise alimentaire en période de soudure 2020 (juin-juillet-août), si rien n’est fait. C’est pourquoi le Gouvernement du Sénégal s’est attelé à l’élaboration d’un Plan National de Riposte (Pnr), qui à la faveur de la pandémie, est devenu un Plan d’Urgence Sécurité alimentaire (Pusa). C’est également pour ces raisons que les actions précoces d’appui aux ménages ont démarré par ces deux localités, aussi bien par l’opération Aide alimentaire d’urgence du Mdcest que par un des acteurs du consortium Réplica, en l’occurrence, Action Contre la Faim (Acf).

On n’a pas vu le SE-Cnsa dans la gestion de l’aide alimentaire d’urgence aux populations. Avez-vous été associés ?

Nous sommes là et bien là, peut-être pas en première ligne, mais je vous ai expliqué au début de cet entretien comment le Psusa 2020 a été structuré et connait un début de mise en œuvre par l’opération aide alimentaire d’urgence. Au contraire, on peut dire qu’en tant que structure de veille et d’alerte précoce, le gouvernement est allé plus vite que l’alerte et c’est l’opération que vous citez qui a été menée en mode «Fast track», donc précoce et c’est tant mieux.  En effet, très souvent, l’alerte est par définition précoce, mais l’action ne l’est pas, or à quoi sert une alerte dite précoce si l’action vient trop tard ? Il faut donc se féliciter de la rapidité avec laquelle la décision a été prise par le chef de l’Etat, le professionnalisme et l’engagement avec lesquels les opérations sont en cours d’exécution sur le terrain par le Mdcest. Nos équipes de terrain sont dans la plupart des régions, mobilisées et participent, sous la houlette des exécutifs régionaux, en amont comme en aval, aussi bien à la planification des activités de ciblage des ménages que dans la mise en œuvre effective de certaines des opérations pour lesquelles nos compétences sont jugées utiles.

Plus personnellement, vous venez d’apporter une importante contribution aux populations de la région de Sédhiou. Comment le natif du Pakao que vous êtes a vécu la flambée du Covid-19 dans votre fief ?

Après que nous avons, un temps, voulu croire (souhaité ?) que le Pakao serait épargné par la pandémie, nous étions toutefois conscients que cela pouvait nous arriver, à nous aussi, à tout moment. En revanche, le fait d’être passé d’un seul coup, de zéro cas à 25, puis très vite à plus de 80 cas testés positifs, nous a quelque peu secoués, je l’avoue. Mais, passé le temps du choc, nous avons vécu cette situation avec  plus de sérénité car étant en contact quasi permanent avec le maire de la localité directement touchée par le cas zéro, ainsi qu’avec le gouverneur, Président du comité régional de gestion des épidémies, nous avions la bonne information et dès lors, tout allait bien mieux. Oui, nous avons eu l’honneur et le plaisir de remettre au président du comité régional de gestion des épidémies, au nom du SE-Cnsa, un lot composé, entre autres, de 39 lits, 39.600 masques, 1.800 visières, 20.000 gants, des centaines de blouses, du petit matériel de premiers soins etc. Ce matériel a été acquis auprès d’une organisation caritative finoise appelée Hameen Mokia que je tiens ici à remercier très sincèrement pour son geste de générosité et sa confiance. La mise en contact avec Hameen Mokia a été rendue possible grâce à un de nos compatriotes, natif de la région de Sédhiou, (de Kandiadiou, précisément), vivant à Helsinki, sans qui ce projet n’aurait jamais été possible. Il faut, tout à fait par ailleurs, préciser qu’il s’agit d’une acquisition faite, en novembre 2019 par notre association, le MAS, avec l’appui de nos partenaires, en vue d’accompagner des établissements de santé répartis dans les trois départements de la région de Sédhiou. Voilà que ce container arrive au pays en cette période, où c’est l’appareil gouvernemental qui s’est mobilisé, répondant à l’appel du chef de l’Etat en vue de combattre la pandémie. C’est également au moment où Sédhiou est frappé de plein fouet par le Covid-19 que ce dont est fait à la région par le SE-Cnsa, au titre de sa contribution à «l’effort de guerre».

PAPE SAMBARE NDOUR

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