Le Sénégal parle. Le monde construit (Par Moussa Niang) 

samedi 11 juillet 2026 • 193 lectures • 0 commentaires

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Le Sénégal parle. Le monde construit (Par Moussa Niang) 

Pendant que le monde construit des usines, nous construisons des plateaux de télévision.  Pendant que d’autres investissent dans la recherche, l’intelligence artificielle, les infrastructures, l’industrie ou les énergies du futur, nous investissons notre temps dans des débats interminables où chacun semble devenu expert de tout. 

Le Sénégal est en train de fabriquer une étrange économie : une économie de la parole.Le modèle est simple. Une table, quelques chaises, des micros, des caméras et une poignée d’invités. Les mêmes visages reviennent commenter les mêmes sujets, analyser les mêmes polémiques et répondre aux mêmes questions. Jour après jour. Heure après heure. 


Le débat est devenu un produit de consommation. Pendant ce temps, qui parle de productivité ? Qui débat sérieusement de la compétitivité de nos entreprises ? Qui analyse nos retards industriels, notre dépendance alimentaire, notre déficit technologique ou les moyens de créer des champions nationaux ? Ces sujets existent, mais ils peinent trop souvent à occuper la place que prennent les polémiques, les affrontements politiques et les faits divers. 


Pourtant, c’est là que se joue l’avenir d’un pays. Une nation ne devient pas prospère parce qu’elle produit davantage d’opinions. Elle devient prospère parce qu’elle produit davantage de valeur. Ce ne sont pas les débats qui construisent les routes. Ce ne sont pas les plateaux de télévision qui fabriquent les médicaments. Ce ne sont pas les chroniques quotidiennes qui développent une industrie. Ce sont les ingénieurs, les entrepreneurs, les chercheurs, les enseignants, les ouvriers qualifiés, les agriculteurs, les médecins et tous ceux qui transforment les idées en réalisations concrètes. 


Le plus préoccupant est peut-être ailleurs. Nous avons progressivement installé une hiérarchie où savoir parler ouvre parfois plus de portes que savoir-faire. La visibilité médiatique peut devenir un raccourci vers l’influence, tandis que la compétence, l’expérience et l’excellence travaillent souvent dans l’ombre. 
Une société qui récompense davantage le commentaire que la création finit par produire davantage de commentateurs que de bâtisseurs. Et une nation composée essentiellement de spectateurs ne peut durablement rivaliser avec des nations peuplées de constructeurs. 


Les médias ont un rôle indispensable dans une démocratie. Ils doivent informer, enquêter, expliquer et interpeller le pouvoir. Mais ils portent aussi une responsabilité majeure : orienter l’attention collective vers les défis qui conditionnent notre avenir. 


Chaque heure consacrée à une polémique est une heure qui n’est pas consacrée à l’innovation. Chaque émission centrée sur un scandale est une occasion perdue de mettre en lumière une entreprise qui réussit, un chercheur qui innove, un agriculteur qui transforme son territoire ou un jeune qui invente des solutions. 


Les nations ne deviennent pas puissantes par la quantité de paroles qu’elles produisent. Elles deviennent puissantes par la quantité de solutions qu’elles créent. Le Sénégal n’a pas besoin de moins de débats. Il a besoin de davantage d’action. Car l’histoire ne retient jamais ceux qui ont le plus parlé. Elle retient ceux qui ont construit. 

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Publié par

Birame Ndour

editor

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