Sénégal : Résultat sismique de l'élection présidentielle du 24 mars 2024 (Par Pr Abdoulaye Saine)

jeudi 28 mars 2024 • 477 lectures • 0 commentaires

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Sénégal : Résultat sismique de l'élection présidentielle du 24 mars 2024 (Par Pr Abdoulaye Saine)

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Le résultat de l'élection présidentielle de 2024 au Sénégal, semblable à celui de l'élection présidentielle de 2016 en Gambie, est monumental (peut-être de l'ampleur d'un tremblement de terre). Le président sortant Macky Sall et son héritier présomptif, Amadou Ba, ont été renvoyés et discrédités, comme l'ont été Yahya Jammeh et ses subalternes.

Le résultat de l'élection présidentielle de 2024 au Sénégal, comme en Gambie en 2016, a donné naissance à une nouvelle génération de politiciens, pour la plupart inexpérimentés, qui doivent maintenant s'atteler à la tâche de guérir une nation divisée, de s'occuper de la jeunesse rétive du Sénégal, d'endiguer la mainmise de la France sur l'économie et la politique du pays, et de s'attaquer aux problèmes d'équité et de pauvreté dans les espaces urbains. 
Le duo Faye/Sonko répétera-t-il l'arrangement Poutine/Medvedev, Faye gardant le siège présidentiel chaud pour un future président Sonko ? Ou bien Faye va-t-il s'affirmer tout en s'éloignant résolument de l'ombre de Sonko ? Seul l'avenir nous le dira. 
Ce qui est clair, cependant, c'est que la démocratie sénégalaise ne peut plus être caractérisée, comme l'a fait le professeur Robert Fatton Jr. dans son livre de 1987 : The Making of A Liberal Democracy : Senegal's Passive Revolution (que j'ai chroniqué pour le Journal Africa Today) pour décrire l'ère Senghore et Diouf. Aujourd'hui, la démocratie sénégalaise est plus vivante et dynamique qu'elle ne l'a jamais été à l'époque des présidents Senghore et Diouf. 
En fait, après des décennies de pratiques électorales remontant à la période coloniale, la démocratie sénégalaise s'est consolidée, caractérisée par des transferts pacifiques du pouvoir présidentiel. Par conséquent, la démocratie au Sénégal a été imprégnée d'une nouvelle vie d'activisme électoral et de politique qui promet un changement transformateur. Et ce, malgré la violence politique préélectorale et les efforts de l'exécutif pour manipuler le résultat de l'élection de 2024. 
Dans un sens, la démocratie a triomphé malgré, et peut-être à cause des impulsions répressives de Macky Sall et de ses efforts futiles pour rester au pouvoir. L'élection présidentielle sénégalaise de 2024, tout comme celle de la Gambie en 2016, a ravivé l'espoir dans l'efficacité des pratiques démocratiques et dissipe une fois de plus les faux arguments en faveur des récentes prises de pouvoir militaires en tant que voie à suivre au Mali, au Burkina Faso et au Niger. 
Bien que la démocratie au Sénégal, comme ailleurs, ait été désordonnée, violente et parfois  sujette à des contrôles exécutifs excessifs, l'électorat sénégalais a mis ces éléments de côté pour envoyer un message fort et sans équivoque de "rejet" à la France, à l'agenda politique de Sall et au statu quo. 
Plus près de nous, au Palais de Gambie est probablement en proie à la panique et au choc, car l'allié et protecteur du président Barrow, le président Sall, et son parti ont été renvoyés. Une panique palpable au sein du National People’s Party (NPP) de Barrow est également à prévoir à l'approche des élections présidentielles de 2026 en Gambie. 

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Le président Barrow et son parti au pouvoir, le National People's Party, ont du pain sur la planche avant les élections présidentielles de 2026. La priorité doit être donnée à l'approfondissement des réformes politiques qui aboutissent à la mise en œuvre des recommandations de la Commission de Vérité et de Réconciliation et à la mise en place d'un gouvernement de coalition, et une nouvelle constitution comprenant une interdiction permanente des mutilations génitales féminines et de l'excision. Le fait de traduire Jammeh en justice tout en s'attaquant à la montée en flèche de la criminalité et à l'inflation galopante pourrait être de bon augure pour sa réélection en 2026. 
L'absence de réponse à ces griefs et préoccupations nationales brûlantes fournira sans aucun doute suffisamment de munitions pour servir d'outil d'organisation et de cri de ralliement à une opposition divisée. Ajoutez à cela le dilemme des jeunes et les préoccupations des femmes qui pourraient faire basculer le vote en faveur de l'opposition. Il ne s'agit pas d'un exploit insurmontable, comme le montre clairement la victoire du PASTEF au Sénégal. 
Le président élu Faye est néanmoins confronté à de nombreux défis de taille, tant sur le plan intérieur qu'extérieur. Il doit s'attaquer de front à la débâcle de la Casamance et y apporter une solution pacifique. S'il ne le fait pas, il risque d'être accusé, ainsi que Sonko, de sympathiser avec le MFDC. 
Le nouveau gouvernement du PASTEF doit également faire avancer son programme panafricain, un élément central de sa campagne à la présidence, au niveau régional, dans le but d'engendrer une plus grande unité régionale tout en soutenant les efforts internationaux et continentaux visant à pousser le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans une direction plus démocratique. 
Il est impératif que le Sénégal fasse évoluer sa politique étrangère afin d'approfondir les relations entre le Sénégal et la Gambie au-delà des platitudes politiques. Le président élu Faye doit explorer avec la Gambie des stratégies solides pour une plus grande unité politique et économique par le biais d'une confédération sénégalo-gambienne revivifiée et renforcée comme base d'une grande Sénégambie. En outre, la situation étrange de la Gambie au cœur du Sénégal rend d'autant plus urgents les pourparlers en vue d'une intégration politique et économique, dans l'intérêt de l'unité et de l'intégration régionales. 
En fin de compte, la victoire du président élu Faye repose sur de grandes attentes, en particulier parmi les jeunes et les pauvres du Sénégal. Les réformes visant à réorienter l'économie pour répondre aux besoins sociaux et économiques des personnes historiquement marginalisées au Sénégal sont primordiales, l'emploi et la formation professionnelle des jeunes venant juste après. Il en va de même en Gambie, où un effort coordonné s'impose pour mettre un terme à la périlleuse "Backway Option" (le voyage calendestin vers l’europe). 
En conséquence, le nouveau gouvernement Faye représente un espoir et un rêve devenu réalité pour le "changement" parmi les générations de Sénégalais laissées pour compte pendant des années par les gouvernements successifs à la solde d'intérêts étrangers. La bonne volonté et le soutien de la communauté internationale et nationale en faveur d'une véritable réforme ne doivent pas être gâchés. 

-    Le Professeur Abdoulaye Saine est un auteur, un chercheur et un intellectuel public qui a beaucoup écrit sur la gouvernance, les élections, les relations civilo-militaires et les questions relatives aux droits de l'homme. Les opinions exprimées sont les siennes et ne représentent pas la position du directeur exécutif de l'Institut Nyang-Sanneh pour la recherche sociale et la justice, en Gambie.
-    Traduit de l’anglais par Cherno Omar Barry.

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Publié par

Youssouf SANE

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