Le plan de l’Etat pour donner une nouvelle vie à Mbeubeuss

Société

IGFM – Dans le cadre du Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides au Sénégal (Promoged), l’Etat prévoit d’installer à la décharge de Mbeubeuss des infrastructures pour améliorer le site et les conditions de travail des récupérateurs de déchets. 

C’est un changement de mode et temps. De l’indicatif d’une bombe environnementale dont les gaz toxiques émis dans l’atmosphère portent gravement atteinte à l’écosystème et aux hommes qui habitent autour, le sort de la décharge de Mbeubeuss – plus grand dépotoir d’ordures du pays – pourrait désormais se conjuguer au futur simple, voire simplifié. Face aux nombreuses récriminations des activistes et riverains de ce dépotoir à ciel ouvert de 114 hectares, l’Etat a décidé de réhabiliter de manière progressive le site. Il compte réformer la décharge pour disposer, au final, d’un site où les déchets existants seront correctement confinés (recouverts) et végétalisés. Un lieu où seules les installations de transfert et de compostage pour le tri, de compostage et de recyclage des déchets seront opérationnelles. Cette modernisation annoncée par le ministre Abdou Karim Fofana passera par un projet qui se dessine sur trois phases confinées dans le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides au Sénégal (Promoged). Un document de plusieurs pages sur lequel L’Observateur a jeté un œil.

La première phase de la reprise du dépotoir consistera à mettre en œuvre des mesures d’urgence pour améliorer le site et les conditions de travail des récupérateurs de déchets. Elle se fera durant la première année de mise en œuvre du projet, prévoit le ministère de l’Urbanisme, du logement et de l’hygiène publique dans un document intitulé «Note sur le processus de résorption de la décharge de Mbeubeuss-contrepartie de l’Etat, objectifs et impact du Promoged» et daté de décembre 2019. Dans les termes du projet, est inscrite la construction en dur d’une clôture à l’entrée de la décharge et le long de la bande constituée par des déchets inertes et par les anciens déchets stabilisés qui peut arriver à hauteur du Centre de Tri et de Transfert (Ctt) et de la Plateforme de Compostage (Cpc), les nouvelles infrastructures qui y seront installées. Une digue sera éventuellement réalisée pour limiter le massif et contribuer à son confinement.

Comment sera organisé l’accès à Mbeubeuss

L’accès à la décharge sera organisé, un système de prévention des incendies mis en place, en plus de la réhabilitation du dispensaire du chantier. Une collaboration entre les Ong et les agences gouvernementales aura pour but de retirer les enfants et les personnes handicapées vivant ou travaillant sur les lieux. Dans le souci de les tenir à l’écart de ce site, un autre moyen de subsistance leur sera fourni ou à leur famille. Une mesure d’accompagnement est prévue au profit des femmes ramasseuses des déchets. Des services de garde d’enfants gratuits au centre communautaire seront mis en place afin qu’elles n’accèdent plus au site avec leurs enfants mineurs.

La deuxième phase de la réhabilitation devant se dérouler de l’an deux à l’an quatre consistera à remodeler la décharge pour récupérer une partie du terrain, à recouvrir et à végétaliser les déchets déjà en place.  Une partie du terrain remis en état servira à la construction d’une installation de tri et de compostage. Le but du remodelage consiste essentiellement à optimiser l’emprise du massif des déchets et à mieux maîtriser la gestion des eaux de ruissellement.

L’Etat du Sénégal opte dans ce projet pour une gestion participative. Ainsi, concernant le programme de restauration des moyens de subsistance, la gestion de ces installations sera assurée par des acteurs locaux organisés en société coopérative sous l’encadrement de l’exploitant. En l’occurrence l’association des anciens récupérateurs informels.

L’exploitation des nouvelles installations (CTT et PCP) est prévue dans le cadre d’un contrat de délégation de service qui peut exiger l’intégration d’une partie des acteurs actuels actifs sur la décharge. Les équipements urbains projetés (terrains de jeu, parc, shops, etc.) pourraient être gérés par des associations.

Vers une bonne gestion des déchets

Sur les zones de la décharge «qui sont encore biologiquement actives», seront installés des puits de dégazage. Vu la nature des déchets (fraction biologique et teneur en eau réduites) et la nature du climat de la région, «il n’y aura pas de grande production de biogaz, les puits seront donc réalisés dans un but de sécurisation du massif des déchets», indique la note sur le processus de résorption de la décharge de Mbeubeuss-contrepartie de l’Etat, objectifs et impact du Promoged. Le document précise qu’une partie désignée de la décharge réhabilitée continuera d’être utilisée pour l’élimination des déchets. Le projet permettra d’élaborer des lignes directrices pour la bonne gestion du site afin d’éviter qu’il ne retourne à son état actuel. La phase 2 permettra alors une bonne gestion des déchets pendant la mise en œuvre du système de traitement et d’élimination des déchets à long terme.

La troisième et dernière phase de la réhabilitation de la décharge de Mbeubeus qui se fera sur deux années (années 5 et 6) consistera à définitivement recouvrir les déchets à Mbeubeus et à ne laisser arriver que les déchets pré-triés dans les installations de transfert et de compostage. Les déchets ultimes seront gérés dans le nouveau système de traitement et de stockage à long terme.

AIDA COUMBA DIOP