dimanche 25 octobre 2020 • 709 lectures • 0 commentaires

Petits secrets sur un homme de l’ombre

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Petits secrets sur un homme de l’ombre

IGFM - Admis dans la deuxième section (réserve) des cadres de l’Etat-major général, le Vice-amiral Cheikh Bara Cissokho va quitter son poste de Chef d’Etat-major particulier du président de la République, le 6 novembre prochain, date à laquelle son successeur va prendre fonction. «L’Obs» a saisi l’occasion pour retracer le parcours plein de petits secrets du militaire avec l’ancien Président Abdoulaye Wade.

Son nom est intimement lié à l’affaire Alex Segura, du nom de l’ancien représentant du Fonds monétaire international (Fmi) à Dakar en 2009, à qui le Colonel Cheikh Bara Cissokho aurait remis une mallette remplie d’argent, comme cadeau de la part du Président Abdoulaye Wade. Une affaire pour le moins incommodante, qui a sorti de l’ombre et mis au devant de la scène Cheikh Bara Cissokho, à l’époque Aide de Camp du Président Abdoulaye Wade. Une affaire dans laquelle il n’a fait qu’exécuter un ordre.


«Il n’y est pour rien. On lui a dit de remettre la mallette et il a obéi, tout simplement, le défend Pape Samba Mboup, ancien chef de Cabinet du Président Wade. On a voulu tout mettre sur son dos, mais il n’a rien dit. Il est comme ça, discret, il a laissé les gens parler puisqu’il avait la conscience tranquille.» Serigne Mbacké Ndiaye, qui fut porte-parole de Me Abdoulaye Wade, appuie cette thèse. «C’est un commis de l’Etat, un militaire qui exécute des ordres et les missions qui lui sont confiées. Depuis, on ne l’a jamais entendu parler de cette histoire, et la majorité de ceux qui en parlent n’en savent absolument rien.»


Cette affaire, sulfureusement appelée ‘’Seguragate’’, avait même fait l’objet d’un communiqué de la Présidence de la République, accusant le Colonel de s’être «trompé sur la somme et s’être aperçu par la suite de son erreur». Pour l’ancien Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, l’affaire Segura, ce n’était pas le Colonel Cissokho, mais le Président Wade. «C’est Wade qui n’avait peut-être pas pris conscience de la gravité de la chose. Moi, en tant que Premier ministre, Wade ne m’avait pas prévenu. J’avais rencontré Segura quelques jours avant, dans le cadre de la Loi de finances rectificatives(Lfr) qu’il a aidé à concocter et qu’on a présentée en urgence à l’Assemblée nationale, pour que le Fmi nous verse de l’argent, parce que l’appui budgétaire de l’institution financière était conditionné au vote de cette Lfr.»


«Discret, calme, fidèle…»


Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Le Colonel est devenu Vice-amiral, et était le chef d’Etat-major particulier du président de la République, Macky Sall,  depuis septembre 2019. Cheikh Bara Cissokho vient d’être admis dans la deuxième section (réserve) des cadres de l’Etat-major général, autrement dit, il va faire valoir ses droits à la retraite à partir du 6 novembre 2020. Mais les témoignages sur ce Colonel de la marine sont unanimes. Discrétion, calme, honnêteté, droiture… les mots pour le décrire se suivent et se ressemblent. Souleymane Ndéné Ndiaye : «Bara Cissokho a une qualité essentielle, c’est la discrétion, le calme, la droiture et l’honnêteté, c’est un homme fidèle et loyal. D’ailleurs, le Président Wade m’a dit un jour que si tout le monde faisait comme Bara Cissokho, en termes de sérieux dans le travail, il n’aurait jamais de problème avec personne.» Serigne Mbacké Ndiaye témoigne également de son humilité, son sens de l’organisation et son humanisme.


«Il y a beaucoup de gens qui disent que Wade les a aidés, qu’il leur a donné ceci ou cela, or c’est le Colonel Cissokho qui était derrière. C’est lui qui savait identifier les nécessiteux et qui intervenait avec efficacité. Quand Wade lui disait de donner par exemple un million à untel, il arrivait qu’il y ajoute son argent. Il faisait preuve de générosité, de disponibilité, de rigueur et de méthode dans le travail. C’est un véritable officier supérieur de l’Armée. Je le compare quelque part à feu Bruno Diatta. Ce sont de véritables républicains et commis de l’Etat», confie Serigne Mbacké Ndiaye.


Pour illustrer l’efficacité de l’homme dans son travail, l’ancien porte-parole de Wade se laisse aller aux confidences. «Il y a une fédération sportive que je ne vais pas nommer, qui avait des difficultés financières, je ne sais pas comment ils ont fait pour accéder à Bara, mais il m’a ensuite appelé pour m’en parler et me demander quoi faire. 15 minutes après, il a réglé tous les problèmes de cette fédération, pour dire avec quelle efficacité il travaillait, et surtout dans la discrétion. Il ne parle pas beaucoup, il agit vite et bien. Il a toujours aidé à régler des conflits sans paraître.»


«Le jour où Wade l’a accusé de vol et voulu le renvoyer»


Pape Samba Mboup le décrit comme un homme extraordinaire, respectueux, correct, même dans son habillement. Des qualités qui font que le Président Wade l’a gardé à ses côtés durant tout son magistère. Même si une fois, il a failli le renvoyer et mettre en péril toute sa carrière. Pape Samba Mboup raconte l’incident. «Ce jour-là, j’avais quitté tôt le bureau, j’étais à la maison vers 16h, lorsque Awa Diop (ex responsable des femmes du Pds) m’a appelé pour me dire de revenir au Palais, que le Président Wade voulait renvoyer le Colonel Cissokho. Je suis parti sur le champ et j’ai trouvé le Colonel dans son bureau en train de ranger ses affaires. Le chef d’Etat-major particulier du Président était sur place en train de l’attendre pour l’amener. Je lui ai demandé ce qui passait et il m’a expliqué que le Président Wade l’avait accusé de vol et renvoyé. J’ai crié à haute voix pour que le Président qui était dans son bureau, à quelques pas, m’entende, pour lui dire qu’il n’irait nulle part et que le Président connaissait bien son voleur. Enragé, je suis ensuite entré de force dans le bureau du Président, qui s’est levé, me demandant si je voulais l’agresser. Je lui ai dis qu’il fallait que l’on discute. Il y avait sur place Madické Niang, Awa Diop, feu Bruno Diatta… On lui a parlé pour lui rappeler que le Colonel était un homme droit, un homme d’honneur et un vrai officier qui le protégeait et pas un voleur. S’il l’avait renvoyé, il aurait brisé sa carrière. Finalement,  il a renoncé et clos l’incident. Mais, si je n’étais pas intervenu ce jour-là, sa carrière serait salie à jamais», révèle Pape Samba Mboup.


Qui signale qu’il s’agissait de plusieurs millions qui avaient été subtilisés de la mallette du Président Wade, dont le Colonel Cissokho avait la garde, lors d’un vol Dakar-Paris. Mais selon certaines indiscrétions, la position de l’Aide de Camp du Président était très convoitée, poussant certains à lui chercher noise et à vouloir le mettre en mal avec le chef de l’Etat. L’ancien chef de Cabinet, Pape Samba Mboup, jure que le Colonel était tout ce qu’il y a de plus loyal. «Je l’admirais beaucoup et il m’estimait également. Parfois, quand j’avais des problèmes avec le Président, il m’appelait même pour me sermonner un peu», se remémore-t-il.


Un gestionnaire de conflits


Pur produit du Prytanée militaire de Saint-Louis et de l’Ecole navale de Brest (France) d’où il est sorti comme enseigne de Vaisseau, équivalent d’un Sous-Lieutenant dans l’Armée de Terre, Cheikh Bara Cissokho a aussi été pensionnaire de l’Ecole de guerre de Paris. Cet enfant de Kébémer où il est né en novembre 1960, a d’abord servi, à son retour au Sénégal, au Groupe naval opérationnel, ensuite au Groupe de soutien de la Marine, avant d’atterrir à l’Etat-major de la marine nationale. Au beau milieu des années 90, il se retrouve Commandant du bateau Le Popenguine, qu’il ne quittera que pour devenir Aide de Camp du Président Wade, en avril 2000 jusqu’en 2012, date de départ du pouvoir du Pape du Sopi. A ce poste, il a beaucoup aidé le chef de l’Etat, à en croire Souleymane Ndéné Ndiaye.


«Quand il y a eu cette histoire de fou qui a profité de l’ouverture des portes du Palais pour s’infiltrer à l’intérieur, le Président Wade en a voulu au Gouverneur militaire, parce que certains, qui voulaient débarrasser le Palais des gendarmes, pour amener des policiers, ont fait croire à Wade que les gendarmes ne servaient à rien. Mais à partir du témoignage de l’un deux, Wade a découvert que ce n’étaient pas les policiers qui ont maîtrisé le voyou et qui couraient derrière lui, mais plutôt les gendarmes.»


D’autres sources racontent également que l’intervention du Colonel Cissokho a permis d’éviter que le Président Wade renvoie le Général Abdoulaye Fall. «Des maîtres-chanteurs sont allés produire un rapport qu’ils avaient fait contre le Général Abdoulaye Fall (Chef d’Etat-major particulier de Wade) et le Colonel Abdou Aziz Ndao et l’ont remis au Président pour qu’il se débarrasse du Général Fall. Mais au moment de rentrer en Conseil national de sécurité, le Colonel Cissokho m’a dit que le Président devait faire attention, parce que le Général Fall qui est Djolof-Djolof, pourrait déposer sa démission et ce ne serait pas bon pour la troupe. Son avertissement m’a permis de parler au Président et d’éclaircir certaines choses, et la bombe fut désamorcée. Et si j’ai pu faire cela, c’est parce que le Colonel Cissokho m’avait briefé.» L’homme prenait à cœur son travail et ne ménageait pas ses efforts pour satisfaire le Président Wade.


L’histoire de Wade, du bonnet et du boubou


Les longues années de compagnonnage entre Cheikh Bara Cissokho et le Président Abdoulaye Wade, qu’il a connu par le biais de son frère utérin, Mamadou Diané Diop, chauffeur de ce dernier, sont truffées d’anecdotes. L’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné en conte une. «Il y a une fois où Wade avait mis son bonnet dans la poche de son boubou, et il ne savait plus où il l’avait mis. Le Colonel Cissokho était devant lui et il lui a demandé où était son bonnet. Ce dernier lui a répondu : ‘’Mes respects Président’’, mais Wade a tonné en disant : ‘’Mais donnez moi mon bonnet vous me dites mes respects !’’ Et quand il a ensuite mis sa main dans sa poche et y a trouvé le bonnet, il l’a juste posé sur sa tête avant de dire au Colonel ‘’Allons-y !’’.


Avec son calme légendaire, ce dernier l’a simplement suivi, riant discrètement. Ancien Directeur de Cabinet du Président Wade, Habib Sy loue également les qualités de Bara Cissokho qui, selon lui, a été d’un apport particulier et efficace. «Je vois en l’Amiral Bara Cissokho un officier supérieur d’Etat, c’est-à-dire un officier supérieur qui incarne les valeurs d’un homme d’Etat. Bara est une tombe, on peut même parfois lui en vouloir de ne donner la moindre bribe d’information ou le moindre indice sur ce que vous voulez savoir, quand bien même il sait tout. Durant les trois ans de notre collaboration aux côtés du Président Wade, je n’ai jamais vu personne le prendre à défaut sur la discrétion. Et ce qui est extraordinaire, c’est que cela est valable aussi bien en service qu’en dehors du service. Il a toujours l’art d’esquiver. On ne peut rien tirer de lui, c’est un homme particulier et toujours digne de confiance», apprend Habib Sy. 


ADAMA DIENG

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Daouda Mine

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