L'amour ne suffit pas et une sénégalaise ose l'écrire
mercredi 24 juin 2026 • 463 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Et si l'amour ne suffisait pas pour faire durer un mariage ? C'est l'une des convictions fortes de Na Astou Fall, auteure de Le Mariage : « Ce que l'on ne nous dit pas, un guide pour aimer sans se perdre ». À travers cet ouvrage intime et introspectif, cette Product Owner, titulaire de deux masters scientifiques, ouvre un espace de réflexion sur les réalités souvent tues de la vie conjugale.
Loin des recettes toutes faites et des conseils moralisateurs, Na Astou Fall revendique, dans cette interview, une démarche profondément humaine, nourrie par l'expérience, la foi et l'observation. L'auteure déconstruit les idées reçues sur la vie conjugale et appelle les femmes à ne jamais s'oublier au nom de l'amour. Entretien !
Vous n'êtes ni psychologue, ni conseillère conjugale, vous le dites vous-même dès les premières pages. Alors pourquoi vous, et pourquoi maintenant ?
Effectivement, je ne suis ni psychologue ni conseillère conjugale, et je tenais à le préciser dès les premières pages. Je ne prétends pas détenir une vérité absolue sur le mariage.
Alors pourquoi moi ? Parce que je suis une femme qui observe, qui réfléchit et qui s'intéresse profondément aux relations humaines. Au fil des années, j'ai constaté que beaucoup de femmes se posaient les mêmes questions sur l'amour, le mariage, les blessures émotionnelles ou encore la place qu'elles occupent dans leur propre vie. J'ai écrit ce livre en tant qu'auteure. Mon objectif n'était pas de donner des leçons, mais de partager des réflexions, des pistes et des outils qui peuvent aider à mieux comprendre certaines réalités du couple.
Et pourquoi maintenant ? Parce que j'ai senti que le moment était venu de transmettre ce que j'avais appris et compris au fil de mes réflexions. Certaines conversations me semblent trop importantes pour rester dans le silence.
Qu'est-ce qui a été le déclic qui vous a poussée à écrire ce livre sur les blessures du couple et la guérison intérieure ?
Le déclic est venu d'une prise de conscience : beaucoup de femmes entrent dans le mariage avec beaucoup d'espoir, mais parfois avec peu de préparation aux réalités qu'elles rencontreront. J'ai voulu ouvrir un espace de réflexion sincère sur ces réalités, sans jugement, sans faux-semblants, mais aussi sans pessimisme. Ce livre est né de cette volonté de transmettre ce que l'on dit rarement, mais que beaucoup vivent.
« LE MARIAGE, C'EST AUSSI UNE RENCONTRE AVEC SOI-MÊME »
Votre mère vous avait dit : « Au début c'est comme du miel, mais prépare-toi, il y aura aussi les piments. » Vous avez ri à l'époque. Qu'est-ce que la vie vous a appris que vous n'aviez pas compris ce jour-là ?
Quand ma mère m'a dit cette phrase, j'étais jeune, amoureuse et pleine d'idéaux. Comme beaucoup de femmes, je voyais surtout la beauté du mariage. Je pensais que lorsque deux personnes s'aiment sincèrement, le reste suivrait naturellement.
Avec le temps, j'ai compris ce qu'elle voulait vraiment dire. Le miel existe bel et bien. Il y a les moments de complicité, les projets communs, les fous rires, la tendresse, le sentiment d'avoir trouvé un compagnon de route. Mais il y a aussi les piments : les incompréhensions, les blessures, les déceptions, les différences de caractère, les épreuves que l'on n'avait jamais imaginées.
Ce que je n'avais pas compris à l'époque, c'est que le mariage n'est pas seulement une rencontre avec l'autre. C'est aussi une rencontre avec soi-même. Il révèle nos forces, mais aussi nos fragilités, nos peurs, nos attentes parfois irréalistes. J'ai également compris que les difficultés ne signifient pas forcément que l'on s'est trompé de personne. Elles font partie du chemin. La question n'est pas de savoir si des épreuves arriveront, mais comment nous allons les traverser.
Aujourd'hui, quand je repense à cette phrase de ma mère, je souris. Elle ne cherchait pas à me décourager. Elle essayait simplement de me préparer à la réalité de la vie. Une réalité où le bonheur existe, mais où il demande aussi de la patience, de la maturité et beaucoup de travail sur soi.
Vous écrivez que l'amour seul ne suffit pas dans le mariage. C'est une phrase que beaucoup de femmes n'ont pas envie d'entendre. Comment vous leur répondez ?
Je comprends que cette phrase puisse surprendre, parce que nous avons grandi avec l'idée que l'amour est la clé de tout. Et je ne remets absolument pas en cause son importance. L'amour est essentiel dans un mariage. Mais avec le temps, j'ai compris qu'il ne suffisait pas à lui seul.
On peut aimer profondément une personne et pourtant avoir des difficultés à communiquer. On peut s'aimer et avoir des blessures non guéries qui viennent fragiliser la relation. On peut s'aimer et ne pas avoir les mêmes attentes, les mêmes priorités ou la même manière de gérer les épreuves.
L'amour est un point de départ, pas une garantie. Pour qu'un mariage dure et s'épanouisse, il faut aussi du respect, de la confiance, de la patience, de la maturité émotionnelle, de la communication et parfois beaucoup de travail sur soi. Je dirais même que certains couples ne manquent pas d'amour. Ils manquent d'outils pour traverser les difficultés.
Mon intention dans ce livre n'est pas de diminuer l'importance de l'amour, mais de rappeler qu'il mérite d'être accompagné par d'autres qualités pour pouvoir grandir et résister aux tempêtes de la vie.
Ce livre parle beaucoup de se connaître soi-même avant de construire à deux. Est-ce qu'une femme qui ne s'est jamais retrouvée seule peut vraiment réussir son mariage ?
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'avoir vécu seule pour réussir son mariage. Beaucoup de femmes se marient jeunes et construisent de très belles histoires.
En revanche, je pense qu'il est important de se connaître soi-même. On peut vivre seule sans se connaître, comme on peut être entourée et avoir une grande conscience de soi. La vraie question est : est-ce que je sais qui je suis ? Est-ce que je connais mes valeurs, mes limites, mes besoins profonds, mes blessures, mes peurs ? Est-ce que je sais ce que j'accepte et ce que je n'accepte pas ?
Parce que lorsque nous ne nous connaissons pas suffisamment, nous risquons de chercher dans le mariage des réponses que seul un travail intérieur peut nous apporter. Nous pouvons attendre de l'autre qu'il nous rassure en permanence, qu'il guérisse nos blessures ou qu'il donne un sens à notre vie. Et cela crée souvent beaucoup de souffrance. À l'inverse, lorsqu'une personne a appris à se connaître, elle entre dans le mariage avec plus de lucidité. Elle aime l'autre sans se perdre elle-même.
C'est d'ailleurs l'un des messages principaux de mon livre : construire une relation saine avec soi-même n'est pas opposé à l'amour. Au contraire, c'est souvent ce qui permet d'aimer plus librement et plus sereinement.
Vous abordez la question des femmes qui ont tout donné, tout toléré, tout tu par amour. Est-ce que ce livre est aussi une façon de parler de vous ?
Je pense que chaque auteur met forcément une partie de lui-même dans ce qu'il écrit. Ce serait malhonnête de prétendre le contraire. Oui, il y a dans ce livre des réflexions qui sont nées de mes propres expériences, de mes questionnements, de mes remises en question. Mais ce livre n'est pas mon histoire, c'est une histoire beaucoup plus vaste.
En écrivant, je me suis rendu compte que ce que je croyais être uniquement mes combats étaient en réalité ceux de nombreuses femmes. Cette peur de perdre l'autre, cette tendance à s'oublier, à tout donner, à faire passer les besoins de tout le monde avant les siens... beaucoup s'y reconnaissent.
Ce qui m'intéressait n'était pas de raconter ma vie, mais de mettre des mots sur des réalités que beaucoup vivent en silence. Et s'il y a un message que j'aimerais transmettre à travers ce chapitre, c'est que l'amour ne devrait jamais exiger que l'on s'abandonne soi-même. Aimer quelqu'un profondément ne signifie pas disparaître en tant que personne. Je crois qu'une relation est plus belle lorsque deux personnes se choisissent librement, plutôt que lorsqu'une personne s'efface entièrement pour préserver le lien.
« LA FOI NE CONSISTE PAS À FUIR LA RÉALITÉ, ELLE NOUS AIDE À L'AFFRONTER »
Il y a dans ce livre une tension constante entre foi et lucidité, entre confiance en Allah et responsabilité personnelle. Comment on trouve cet équilibre quand le couple va mal ?
Je crois que la confiance en Allah et la responsabilité personnelle vont ensemble. Quand le couple traverse une épreuve, il ne suffit pas de dire : « Je fais confiance à Allah » et d'attendre. Il faut aussi communiquer, se remettre en question, chercher des solutions et faire sa part.
Ensuite, lorsque nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir, nous confions le reste à Allah. Pour moi, la foi ne consiste pas à fuir la réalité. Elle nous aide au contraire à l'affronter avec plus de patience, de lucidité et de sérénité.
Je pense que l'erreur est parfois de tomber dans l'un des deux extrêmes. Soit attendre passivement que tout change sans agir, soit vouloir tout contrôler en oubliant de s'en remettre à Allah. L'équilibre se trouve entre les deux.
Vous dites que grandir séparément dans un mariage n'est pas forcément un échec. C'est courageux à écrire. Beaucoup de femmes vivent ça mais ne l'entendent jamais formulé ainsi. Qu'est-ce que vous vouliez leur dire vraiment ?
Je voulais leur dire que parfois, deux personnes peuvent s'aimer sincèrement et pourtant évoluer dans des directions différentes. Nous changeons avec le temps. Nos priorités changent, notre vision de la vie évolue, notre rapport à nous-mêmes aussi. Et je pense qu'il est important d'accepter cette réalité sans forcément la vivre comme un échec. Un mariage ne se mesure pas uniquement à sa durée. Il se mesure aussi à ce qu'il nous a appris, à la manière dont il nous a fait grandir et aux valeurs que nous avons réussi à préserver en chemin.
Dans votre ouvrage, vous écrivez que "les mots aussi se fatiguent". Pensez-vous que le silence est aujourd'hui l'un des principaux ennemis du couple ?
Oui, je pense qu'il est l'un des grands dangers du couple. Pas le silence qui apaise, mais celui qui s'installe quand on ne se sent plus entendu, plus compris ou lorsqu'on renonce à exprimer ce que l'on ressent. Un désaccord peut être discuté. Mais lorsque les mots disparaissent, la distance s'installe peu à peu entre les cœurs.
La renaissance dont vous parlez à la fin du livre, vous la décrivez comme silencieuse, intérieure. Est-ce que vous-même, vous l'avez vécue ? Et qu'est-ce qui l'a déclenchée ?
Oui, je pense l'avoir vécue. Mais contrairement à ce que l'on imagine souvent, la renaissance dont je parle n'a pas été spectaculaire. Elle ne s'est pas produite du jour au lendemain. Elle a commencé le jour où j'ai arrêté de chercher uniquement à changer les circonstances autour de moi pour commencer à me transformer moi-même.
J'ai appris à me remettre en question, à mieux me connaître, à accepter certaines réalités et à me rapprocher davantage d'Allah. Cette renaissance a été faite de petites prises de conscience, de moments de doute, de larmes parfois, mais aussi de beaucoup d'apprentissage. Au fond, elle a commencé lorsque j'ai compris que même dans les épreuves, nous avons toujours la possibilité de grandir plutôt que de nous laisser briser.
Ce livre s'adresse aux femmes. Est-ce que les hommes devraient le lire aussi et qu'est-ce qu'ils y trouveraient ?
Oui, je pense sincèrement que les hommes gagneraient à le lire. Même si ce livre s'adresse d'abord aux femmes, il permet de comprendre ce qu'elles ressentent parfois sans parvenir à l'exprimer. Leurs attentes, leurs blessures, leurs peurs, mais aussi leurs besoins émotionnels.
Je crois que beaucoup d'incompréhensions dans le couple naissent du fait que chacun voit les choses à travers son propre regard. Ce livre offre aux hommes l'occasion de découvrir le point de vue féminin avec plus de profondeur et de nuance. Et finalement, les thèmes que j'aborde dépassent largement la question du genre. Il est question d'amour, de communication, de blessures intérieures, de reconstruction et de connaissance de soi. Ce sont des sujets qui concernent tout le monde.
Si votre mère Kamissa Traoré à qui vous dédiez ce livre avec des mots d'une tendresse bouleversante, pouvait vous lire aujourd'hui, qu'est-ce que vous auriez aimé qu'elle vous dise ?
Honnêtement, je crois que j'aimerais simplement l'entendre me dire : « Je suis fière de toi, ma fille. » Parce qu'au fond, même lorsqu'on devient adulte, même lorsqu'on devient épouse, mère ou auteure, il y a toujours une petite partie de nous qui espère encore entendre ces mots de sa maman.
Amadou Sabar BA
Publié par
Mame Fama GUEYE
editor
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