Le privilège est-il devenu la boussole de la politique ? (Par Moussa Niang)

jeudi 23 juillet 2026 • 352 lectures • 1 commentaires

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Le privilège est-il devenu la boussole de la politique ? (Par Moussa Niang)

La politique est un miroir sans fard. Elle reflète rarement la sincérité des discours ; elle met à nu la réalité des ambitions.

Au Sénégal, un phénomène interpelle de nombreux citoyens. Il est difficile de ne pas remarquer qu’une frange significative de personnalités qui se réclamaient hier du patriotisme, avant de prendre leurs distances avec Ousmane Sonko, occupent aujourd’hui des fonctions influentes au sein de l’État ou d’institutions stratégiques. Pendant ce temps, des milliers de militants continuent de défendre les mêmes idéaux, sans décret, sans nomination et sans privilège. Leur seule récompense demeure la conviction d’avoir servi une cause.


Cette observation ne suffit pas à établir les motivations de chacun. Certains ont peut-être été choisis pour leurs compétences, d’autres pour leur expérience ou leur capacité à servir l’État. Mais la répétition de ces trajectoires nourrit inévitablement une interrogation légitime.


Faut-il y voir le simple cours des choses, la reconnaissance du mérite, ou le signe que la proximité avec le pouvoir est, pour certains, le chemin le plus court vers le privilège ?


Une question qui dépasse les personnes


Le débat dépasse largement le parcours de quelques individus. Il touche à la nature même de l’engagement politique.


Le patriotisme est-il une conviction profonde ou un outil de positionnement ?


Le militantisme est-il une vocation au service de la cité ou un investissement dont on espère un retour ?


S’engage-t-on pour transformer la société ou pour améliorer sa propre condition ?


Dans une démocratie, il est parfaitement normal qu’une alternance permette à des femmes et des hommes compétents d’accéder aux responsabilités. Gouverner exige des compétences, de l’expérience et des femmes et des hommes capables d’assumer les charges publiques.


Ce qui interroge les citoyens n’est donc pas la nomination en elle-même. C’est la répétition d’un schéma où les ruptures ou les ralliements politiques semblent, avec une régularité troublante, ouvrir plus facilement les portes du pouvoir que les années de fidélité à une cause.


Le danger pour la jeunesse


Le véritable risque apparaît lorsque cette perception s’installe durablement dans les esprits.


Si les jeunes finissent par croire que la politique est avant tout un ascenseur social, alors les convictions deviennent négociables. Les principes cèdent progressivement la place aux intérêts individuels. L’engagement cesse d’être un service rendu à la Nation pour devenir un capital que l’on cherche à rentabiliser.


Or une République ne grandit pas lorsque ses citoyens admirent la capacité des opportunistes à s’adapter aux circonstances. Elle se renforce lorsqu’elle honore celles et ceux qui demeurent fidèles à leurs principes, y compris lorsque cette fidélité exige des sacrifices.


Les fonctions sont temporaires. Les privilèges disparaissent avec les alternances. Les gouvernements passent.


La cohérence, elle, demeure.


L’histoire oublie souvent les bénéficiaires d’un pouvoir. Elle retient davantage ceux qui sont restés fidèles à leurs convictions lorsque celles-ci ne rapportaient ni poste, ni avantage, ni reconnaissance.


Au fond, la véritable question n’est pas de savoir qui a obtenu un décret, un portefeuille ministériel ou une présidence d’institution. La véritable question est de savoir ce qui inspire encore notre engagement collectif : l’intérêt supérieur de la nation ou l’espérance d’une récompense personnelle.


Car le jour où le privilège devient la boussole de l’action publique, la politique cesse d’être un engagement au service du bien commun. Elle devient un marché.


Et lorsqu’un peuple en vient à croire que toute conviction a un prix, c’est la confiance dans la démocratie elle-même qui commence à s’éroder.


Le militant cherche une cause. L’opportuniste cherche une place. L’histoire finit toujours par distinguer les deux.

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Publié par

Birame Ndour

editor

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